MOUVEMENT NKUL BETI
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Du Soudan, Erick Achille Nkoo revient sur l’actualité du monde arabe
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© Mouvement Nkul Beti - Propos recueillis par Maurice Ze
Erick-Achille Nkoo est Camerounais et se trouve en ce moment au Soudan où il est professeur des sciences de l’éducation et de la culture, et enseignant de la langue arabe. Ce spécialiste du monde Arabe est passionné de l’écriture, il est auteur d’un roman "Diable de dieu ou les mémoires d’un roi Béti", d’un recueil de poèmes, et de plusieurs essaies.
     Date de publication: 01-09-2012   14:57:53
Mr Erick Achille Nkoo merci d’avoir accepté l’invitation de « Face à Face », un nouveau format médiatique dont les ambitions se limitent au niveau de la vérité politique, économique, sociale et culturelle.
1. Face à Face : Vous avez tenu à nous parler uniquement du monde arabe et pour quelles raisons ?
 
Tout simplement parce que le monde entier subit de grandes mutations qui ne devraient laisser aucun intellectuel indifférent. Nous devons mieux comprendre et appréhender les changements qui s’opèrent aujourd’hui dans l’ensemble des pays de l’aire arabes avec notamment ces révolutions qui ont conduit à tort ou à raison à l’échec des rouassah (pluriel de raïs) arabes, mêmes les plus redoutables comme Mohamar Alkazafi, Hosni Mubarak, Ben Ali et peut-être bientôt le raïs syrien Bachar. Ce qui va sans doute donner naissance à des relations Arabo-occidentales d’une autre mouture avec au delà de cela des répercussions sur l’Afrique noire. Et puis souvenez vous qu’au début de la révolution libyenne nous prédisions déjà l’inquiétante situation du sud du Sahara après la chute de Mohamar Alkazafi et aujourd’hui le temps nous a donné raison au regard de la géopolitique malienne.
2. Face à Face : Après tous ces changements au Maghreb et au Moyen-Orient, comment qualifiez-vous la situation sociale et économique des pays concernés ?
 
On considère la révolution arabe qui a commencé en Tunisie puis s’est vite rependue dans l’ensemble des pays arabes comme étant la révolution de masse la plus importante qui ait eu lieu dans le monde contemporain après bien évidemment les révolutions française, bolchevique et iranienne. On assiste à des revendications populaires qui, comme je le disais antérieurement, ont conduit à la chute des régimes autocratiques longtemps couvés par les occidentaux depuis les indépendances. Ce vent révolutionnaire n’a pas uniquement conduit à l’éviction des dictatures arabes mais aussi à une dégradation et à un bouleversement structurel qui a conduit à une inflation des prix qui à son tour a entrainé une dégradation du tissu social. En Egypte par exemple non seulement la vie est devenue chère, mais aussi, il y a une certaine insécurité qui a pris place. Toute révolution a un prix et les pays du « printemps arabe » ne font pas exception à cette règle. C’est vrai que la révolution arabe a déprimé l’activité économique partout où elle est passée, mais disons qu’en revanche, elle a assaini et amélioré la gouvernance politique par la démocratie tout en prenant en compte dans leurs nouvelles constitutions, les aspirations profondes des populations ; ce qui va certainement susciter de meilleures perspectives de développement. A condition bien sûr que le débat démocratique soit fécond et constructif.
3. Face à Face : Votre avis sur la situation politique en Tunisie, Lybie, Algérie et au Maroc…
 
Disons de manière générale que la situation politique en Tunisie, Lybie Maroc et Algérie est bonne. Il y a eu des reformes structurelles sur le plan politique et économique ; avec d’un coté, la Lybie où les premières élections ont été organisées dans un cadre pluraliste depuis quarante ans. Il est de première nécessite que les révolutionnaires dans ces pays assurent la sécurité des hommes et des biens et luttent contre ces extrémistes qui mettent ces pays en feu comme tel a été le cas en Egypte il y a quelques semaines et récemment en Libye.
4. Face à Face : Selon-vous, pourquoi le printemps arabe n’est pas à sa fin en Algérie et au Maroc ?
 
La situation dans ces deux pays n’est pas similaire à celle du reste de l’aire arabe. Tout d’abord l’Algérie a connu un contexte sociopolitique différent marqué par une précoce révolution arabe traduite par les émeutes de 1988 due à la poussée démographique dans les années 1980, le contre-choc pétrolier et le manque de reformes économiques et politique ont discrédité le parti unique se réclamant de la guerre de libération. Cependant l’arrivée au pouvoir des islamistes à partir de 1990, puis la victoire du Front Islamique du Salut aux élections législatives de 1991 a déclenché un «coup d'Etat» opéré par l'armée qui avait pour but de bloquer l’alternance politique. A partir de décembre 1991, l'Algérie a connu une vague de violence qui a dégénérée, entre 1992 et 1998, en une sorte de guerre civile. Ce conflit a longtemps opposé le régime soutenu par les militaires à un complexe réseau islamiste d'opposition clandestine. A la suite de cette décennie de plomb, la société s’est donc profondément détachée du pouvoir tandis que le renouveau de l’Islam dans l’espace public en a fait une composante essentielle du champ identitaire et politique algérien. Enfin, la guerre civile a ré-légitimé l’Etat dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Dans ce contexte, l’islamisme politique apparaît à la fois comme un facteur d’échec de l’exportation du printemps arabe mais aussi comme un vecteur d’évolution du régime algérien.

Pour ce qui est du Maroc, le roi Mohammed VI, sous la vitesse pressante des soulèvements populaires arabes, a vite fait de poursuivre des reformes constitutionnelles visant à renforcer le pluralisme, les droits de l’homme et les libertés individuelles, ainsi qu’à diminuer ses pouvoirs au profit du chef du gouvernement et du parlement. Ces reformes sont donc la raison du silence des révolutionnaires qui en ont trouvé satisfaction épargnant ainsi le Maroc de quelque soulèvement que ce soit.
5. Face à Face : Et que dites-vous de l’Egypte et de son président Mohamed Morsi…
 
Je crois que le peuple égyptien conscient des effets du despotisme sur son épanouissement, a bien fait de rétablir un nouvel ordre social. Et aujourd’hui le peuple égyptien est libre. La liberté ne se donne pas elle s’arrache. La responsabilité qui incombe désormais au nouveau raïs est de réinstaurer le droit et la justice. D’ailleurs Mohamad Morsi qui est le tout premier président égyptien civil est un homme charismatique qui entend conduire l’Egypte au bout de sa révolution. En somme il a une politique intérieure et extérieure pour l’instant claire. Morsi est tout compte fait l’homme du changement.
6. Face à Face : Le dictateur en Syrie va-t-il tombé ? Et que restera-t-il de ce pays sur le plan social et économique ?
 
Qui le qualifie de dictateur ? Pourquoi devient-il subitement diable ? Et qui a dit que seuls les rebelles doivent toujours avoir raison comme tel a été le cas en Libye et aujourd’hui en Syrie? La Russie et la chine ont compris le mauvais jeu de l’occident qui tient de manière anti-démocratique à préserver ses intérêts dans le monde. En tout cas, le combat va être long. Et nous ne pouvons pas pour l’instant dire que le régime de Bachar al assad va tomber avec autant de facilité bien que les rebelles bénéficient de l’appui des US et des royaumes Unis.
7. Face à Face : Quel est le rôle caché de l’occident par rapport au printemps arabe ? Parlons-nous ici des enjeux économiques ou d’ordre géopolitique ?
 
Pour pouvoir comprendre le rôle de l’occident dans la révolution arabe, il faut prendre en compte la doctrine de George Bush sur le remodelage du Grand moyen orient émise en 2003. Certainement parce que les dirigeants arabes d’alors étaient peu coopérants et constituaient une menace pour Israël. D’une part il faut permettre à Israël de s’ériger en maitre dans la région en détruisant les grandes puissances arabes comme la Syrie qui est un allié de l’Iran, puis par la suite affaiblir l’Iran. La question humanitaire qui est brandit en premier plan n’est qu’un mot des puissances occidentales qui courent après leurs intérêts faisant de la démocratie une arme de destruction. Au lieu de soutenir les rebelles à gauche et à droite les l’Etats unis, l’Angleterre et la France gagneraient à mettre un terme au conflit israélo-palestinien. Voila donc le véritable problème que les chantres de la démocratie et des droits de l’homme doivent s’atteler à résoudre.
8. Face à Face : Vivrons-nous un printemps arabe en Iran et au Liban ?
 
L’Iran et le Liban majoritairement chi’ites ne connaitrons pas le printemps arabe. Comme vous le savez, les soulèvements arabes ont été orchestrés par les frères musulmans qui sont en fait des islamistes organisés et structurés sur le plan social, économique et politique. Les révolutions arabes à l’exception du Maroc et de l’Algérie, ont connu le succès par ce que ces pays sont pour la plupart sunnites. Et là, il est important de comprendre une fois de plus que la révolution arabe est avant tout un soulèvement contre les dirigeants chi’ites ou encore contre ces dirigeants musulmans à la foi douteuse comme Bachar Alasaad , Hosni Moubarak et Mahamar Alkazaffi. S’il faut prendre la révolution arabe comme une guerre sunnites-chi’ites alors, il est peu probable que l’Iran et le Liban tous deux chi’ites connaissent des soulèvements.
9. Face à Face : Après les révolutions, quels sont les chemins à opter afin que le monde arabe ne s’ébranle pas totalement ?
 
Je ne pense pas que le monde arabe s’ébranlerait au contraire il se raffermira. Les reformes suscitées par les révolutions arabes sont de nature à renforcer les droits de l’homme et les libertés individuelles véritable socle du développement politique économique et social. Seule la démocratie et la bonne gouvernance peuvent redonner espoir aux peuples Moyen- orientaux.
10. Face à Face : La démocratie occidentale s’est-elle avérée comme l’idéale par rapport à une appréhension du monde arabe affreuse aux changements?
 
Les arabes ne vont jamais appliquer la démocratie à l’occidentale peut-être dans un autre monde. Il faut avoir un esprit fermé pour ne pas comprendre que cette révolution dite arabe est plutôt une révolution islamique. Elle doit restaurer les vraies valeurs de l’islam. Et d’ailleurs pourquoi ne vous posez pas la question de savoir si l’Arabie saoudite et le Qatar qui soutiennent à ciel ouvert la rébellion démocratique sont déjà eux-mêmes démocratiques. Pourquoi la révolution arabe n’a pas évolué au bahr aine chi’ite avec la même ampleur ? C’est tout simplement parce que le pouvoir est entre les mains des sunnites et les révolutionnaires chi’ites d’emblée ne peuvent pas bénéficier du soutien de l’Arabie Saoudite et du Qatar tous deux sunnites.
11. Face à Face : Pourquoi la Turquie n’est pas affectée par les mêmes problèmes ?
 
Disons que la Turquie ne peut pas être déstabilisée au moment où on attend d’elle un rôle déterminant dans la démocratisation de sa zone d’influence. De plus la Turquie qui est une république démocratique jouit d’une constitution moderne et laïque avec une économie bien portante. Ce qui lui a d’ailleurs valu le mérite d’adhérer à des organisations de coopérations comme l’OTAN, le G20 l’OCDE et elle pourrait devenir bientôt le vingt-huitième pays de l’union européenne.
12. Face à Face : L’Afrique noire sera-t-elle épargnée d’une éventuelle chute du monde arabe ?
 
La révolution arabe aura un impacte sur l’Afrique noire et d’ailleurs les conséquences de la chute du régime de mohamer Alkazaffi se font déjà ressentir au Mali. Sans doute que le terrorisme va grandir et va s’accentuer au Nigeria. Le Cameroun pour sa part doit renforcer la sécurité à sa frontière avec le Nigeria voisin. Pour ne pas se laisser surprendre par les conséquences de la révolution arabe, l’Etat du Cameroun doit constituer un fichier informatisé des étrangers. A mon avis tous ces étrangers qu’on voit au Cameroun et qui finissent souvent par prendre frauduleusement la nationalité camerounaise représentent un véritable danger pour la sécurité de notre pays. En Syrie ce sont des mercenaires Jihadistes venus de la Libye, d’Afghanistan, du Maghreb arabe, du golf et de Tchétchénie qui combattent aux cotes des rebelles.
13. Face à Face : Mr Erick Achille Nkoo, merci pour cet entretien. Vous avez le dernier mot…
 
C’est plutôt moi qui vous dis merci de m’avoir donné la parole.
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