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Lettre aux évêques
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Dr Vincent-Sosthène FOUDA socio-politologue
Je m’adresse à vous avec confiance et en toute franchise, d’autant plus que j’ose considérer plusieurs d’entre vous comme des amis, des pères et des parents.
     Date de publication: 15-12-2015   07:28:34

Monseigneur Samuel Kléda
Président de la Conférence Nationale des Evêques du Cameroun

Messeigneurs, Messieurs les évêques,
et frères dans le Christ Jésus,


C’est en ma qualité de président du Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie que je m’adresse à vous. Je suis conscient de la lourde responsabilité qui est la vôtre au sein de notre Église catholique romaine. Et pourtant, je ne peux plus me taire face à la privation de justice dont sont victimes plusieurs de nos compatriotes et surtout face aux exécutions extrajudiciaires perpétrées dans la rue par nos citoyens, souvent père et mère de famille filmées par de très jeunes enfants à l’aide de leurs téléphones portables. Comme Jésus le dit à ses disciples, « si eux se taisent, les pierres crieront » (Luc, 19, 40).

Je m’adresse à vous avec confiance et en toute franchise, d’autant plus que j’ose considérer plusieurs d’entre vous comme des amis, des pères et des parents. Mais l’amitié invite à la vérité et n’a que faire des flatteries ou de la diplomatie…

Je vous écris donc au sujet de quelques événements récents dans notre pays et qui tendent à se perpétuer et surtout à se banaliser. Christian Cardinal Tumi aux heures les plus sombres du Commandement Opérationnel à Douala avait eu ces mots : « Je demande qu’on ne vous tue pas sans vous donner l’occasion de vous défendre publiquement devant un tribunal impartial. Je suis convaincu que votre exécution extrajudiciaire serait une violation grave de nos droits fondamentaux. »

Nos villes, nos villages tendent à se transformer en Commandement Opérationnel où les populations se croyant, voire se sentant abandonnées par les pouvoirs publics, assassinent en toute impunité ceux et celles qui sont accusés d’avoir commis un forfait. Le drame, c’est dans l’approbation de tous et le silence de ceux qui condamnent ces actes.

La justice est l’un des piliers de la cohésion sociale dans la mesure où elle fait office de médiateur dans les conflits opposant des individus entre eux (droit privé), et aussi des individus avec l’État (droit public). Une justice respectable doit être médiateur et non bourreau.

La cohésion sociale s’effondre lorsque la justice semble prendre le parti d’une force plutôt que d’une autre (une ethnie particulière, un État totalitaire) puisque les individus et groupes sociaux sans cesse incriminés par cette justice aux ordres ne reconnaîtront pas la légitimité de ses arrêts. Qui mieux que vous pour le prêcher ? Qui mieux que vous pour nous le rappeler ? Qui mieux que vous pour l’enseigner ? « Platicitandiforma inaparadisoprimum videtur inventa », « la manière de plaider paraît se trouver d’abord au paradis ». Le Seigneur en effet interroge le coupable présumé et écoute les témoins, qui doivent être au moins deux (en l’occurrence la femme et le serpent), avant de délivrer sa sentence. Oui, les droits de la défense se trouvent inscrits dans le droit naturel. Voilà pourquoi nous attendons de vous ce rappel face aux dérives auxquelles nous assistons dans la société camerounaise. Les chrétiens, le peuple de Dieu que vous accueillez tous les jours est en passe de devenir un peuple d’assassins et ceci de génération en génération !

Le Pape Benoît XVI le 18 décembre 2011, lors de sa visite à la maison d’arrêt de Rebibbia à Rome disait ceci,
« Justice et miséricorde, justice et charité, piliers de la doctrine sociale de l’Eglise, ne sont deux réalités différentes que pour nous les hommes qui distinguons attentivement un acte juste d’un acte d’amour. Pour nous, ce qui est juste est «ce qui est dû à l’autre», tandis que ce qui est miséricordieux est «ce qui est donné par bonté». Mais pour Dieu, il n’en est pas ainsi : en Lui, la justice et la charité coïncident ; il n’y a pas d’action juste qui ne soit aussi un acte de miséricorde et de pardon et, dans le même temps, il n’y a pas d’action miséricordieuse qui ne soit parfaitement juste. »
Le Pape poursuit son propos en ces termes :
A l’occasion de mon récent voyage apostolique au Bénin, en novembre dernier, j’ai signé une Exhortation apostolique post-synodale dans laquelle j’ai rappelé l’attention de l’Eglise pour la justice dans les Etats, en écrivant : « Il est urgent que soient donc mis en place des systèmes judiciaires et carcéraux indépendants, pour rétablir la justice et pour rééduquer les coupables. Il faut aussi bannir les cas d’erreurs de justice et les mauvais traitements des prisonniers, les nombreuses occasions de non-application de la loi qui correspondent à une violation des droits humains et les incarcérations qui n’aboutissent que tardivement ou jamais à un procès. L’Eglise […] reconnaît sa mission prophétique vis-à-vis de tous ceux et celles qui sont touchés par la criminalité et leur besoin de réconciliation, de justice et de paix. Les prisonniers sont des personnes humaines qui méritent, malgré leur crime, d’être traitées avec respect et dignité. Ils ont besoin de notre sollicitude » (n. 83).


Guides du peuple de Dieu au Cameroun, la justice doit rendre la dignité aux victimes et rétablir les valeurs de base. La justice a le devoir de formaliser les mesures de rétorsion à l’encontre de ceux qui se sont rendus coupables de monstruosités. Elle concourt ainsi à conforter les victimes dans l’idée qu’elles ne sont pas indirectement coupables de leur situation. Elle signifie également aux personnes ou aux groupes de personnes spoliés ou violentés que la puissance publique se range de leur côté.

Les victimes obtenant réparation pour les préjudices subis n’ont pas le besoin de se venger par elles-mêmes et peuvent tourner la page d’un événement douloureux. Le travail de deuil part ainsi sur des bases saines. Dans le cas contraire, lorsque la justice n’accède pas aux demandes des victimes, soit en ne reconnaissant pas le préjudice, soit en ne prenant aucune mesure de rétorsion contre les coupables, un fort sentiment d’impunité en résulte, décrédibilisant l’institution judiciaire. C’est alors que se développent des rancœurs indélébiles constituant le ferment de conflits, des descentes expéditives et punitives au mépris de la vie humaine.

Que puis-je dire, en conclusion, que je n’ai pas déjà dit ? « La miséricorde est sentiment de générosité qui jaillit dans un cœur devant une détresse », c’est que le Père Sesboüé nous enseignait autrefois en théologie morale.

Notre monde a, plus que jamais, besoin de la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus de Nazareth. Cette Bonne Nouvelle est d’abord annoncée aux pauvres et elle parle de délivrance des captifs, de guérison des aveugles et de libération des opprimés (Luc, 4, 18-19). Le Cameroun a besoin de justice sociale, proclamez-là, enseignez là.

Votre frère en Jésus, avec toutes ses limites et ses faiblesses, mais qui vous implore de remplacer la prudence par l’audace, la peur par la confiance et la soumission par la liberté, comme l’Évangile nous invite à le faire.

Avec l’assurance de ma prière et de ma solidarité,
Dr Vincent-Sosthène FOUDA socio-politologue
Licencié en théologie
[1]PAUCAPALEA, Summa über das Decretum Gratiani [ = Somme Quoniam in omnibus], éd. Joh. Friedrich von Schulte, Giessen, 1890, reprod. Photomécanique, Aalen, 1965, p. 1.
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