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Femmes, champagne et serpents à la soirée « African Money »
Premier épisode de la chronique mondaine « Afrique & the City » de Gladys Marivat. Où l’on découvre à quoi ressemble une soirée afro-antillaise en 2015 et comment la diaspora s’amuse et dépense, avec ou sans gardes du corps.
     Date de publication: 15-04-2015   14:37:24
C’est quoi, une soirée « African Money » ? Une soirée africaine avec des gens qui ont l’argent, me répondrez-vous, en parfaits anglophones. Sékou Diawara, 28 ans, businessman originaire de Guinée, qui a lancé ce « nouveau concept événementiel » en 2010, en a une définition plus large. Désormais intronisé prince de la nuit africaine, il avance vers nous sur le tapis d’un de ses sponsors, les champagnes Nicolas Feuillatte, costume noir, coupe parfaite, vif et frais comme l’air polaire de ce dimanche de Pâques. « Je n’organise pas des soirées pour les fils de chefs d’Etat africains, se défend-il. Le public, c’est des étudiants qui ont de l’argent, mais aussi des gens qui travaillent. Ce que je veux, c’est fédérer la jeunesse africaine de Paris, montrer à la diaspora qu’elle peut sortir partout, qu’aucun lieu ne lui est interdit. »

Depuis cinq ans, Sékou Diawara organise des soirées dans les clubs du 8e et des Champs-Elysées, mais aussi à Yaoundé, Libreville, Abidjan et Casablanca, avec plusieurs formules. Une, pour toutes les bourses, entrée 20 euros puis service au bar. Et les formules « privilège », avec salon privé, barman et agent de sécurité, de 550 à 2 000 euros pour la plus chère, qui porte le joli nom de « Pack African Money » et comprend un mathusalem et un magnum de champagne. Il n’est pas rare que des clients sortent plus de 5 000 euros dans la soirée.

Le cinquième anniversaire, ce soir, devait être Chez Papillon. Trop d’inscrits. « On avait peur de créer une émeute dans et devant la boîte. On s’est dit que pour les 5 ans, on devait avoir un maximum de gens pour que le message fasse le tour du monde », explique Sékou Diawara en habile communiquant. La veille, il déplace la soirée dans une discothèque plus grande, le Palais M, porte Maillot. Complet aussi.

Dans la foule qui fait la queue devant l’entrée, des acteurs de stand-up, des mannequins, des anonymes, des grappes de jeunes filles court vêtues, perchées sur leurs talons hauts tels des flamants roses. Afro-antillais pour l’immense majorité. Un jeune homme, chapeau noir, sourire d’ange, est venu exprès de Londres. « Tous mes amis m’ont parlé des soirées African Money. De l’ambiance, des filles, de la bonne musique africaine ! »

Au royaume des « sapters »

À part un titre d’azonto, musique née au Ghana dans les années 2000, c’est plutôt des standards américains de hip-hop ou de R’n’B. Qu’importe, le public, 20-35 ans, bon enfant, ne laisse pas le temps à la piste de refroidir. Chez les femmes, le moulant et les paillettes dominent, à l’exception d’une punk magnifique, sans doute mannequin. Chez les hommes, deux styles : le look hip-hop US et le look dandy africain, rencontre du sapeur congolais et du hipster (appelons cela les « sapster » !), couleurs moins vives, chapeau, barbe et moustache finement taillées. Si drague il y a, elle est douce. Ici, on est surtout venus pour danser, flamber et consommer. Un client, la trentaine joviale, veste de sport grise, fête son anniversaire. « J’ai déjà dépensé 750 euros en boissons, soit un loyer ! Et ce n’est que le début » prévient-il, grand seigneur, en remplissant les coupes de ses amis.

La table la plus courue se situe à l’entrée du carré VIP. On nous a annoncé des chanteurs et des footballeurs (comme le franco-congolais Chris Mavinga, du Stade de Reims), alors on s’approche. Une table « Pack African Money », sans doute, avec son vigile qui empêche de prendre des photos des convives. Des jeunes femmes brunes sont assises autour de deux hommes blancs. Une femme noire et blonde danse devant eux, seule dans sa minirobe bleue. Deux serveuses en body et porte-jarretelles rouges flanquées d’un nain en livrée leur apportent des seaux de vodka.

La danse du serpent


On pense avoir vu le spectacle le plus kitch de la soirée quand soudain, une danseuse de voiles et une charmeuse de serpents surgissent de la foule, de plus en plus compacte. Une jeune étudiante, tenue moulante, danse tonique, se laisse enrouler le reptile blanc, épais et interminable autour des épaules. Depuis le balcon, la foule lève les bras et se balance avec la même énergie.

Il est passé trois heures du matin. Dehors, les voituriers attendent leurs clients qui semblent décidés à rester jusqu’à la fermeture à six heures. Sur le trottoir, une tresse synthétique atteste du combat d’une jeune femme qui n’était pas sur la liste. Dimanche, plus de mille personnes ont célébré les cinq ans d’African Money au Palais M. Était-ce une soirée africaine ? Sans coupé-décalé ? La jeune diaspora, dorée ou pas, était là. C’est peut-être ça, une soirée africaine, en 2015.
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Lemonde.fr - Par Gladys Marivat
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