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Agressions racistes en Inde : Gandhi, réveille-toi, ils sont devenus fous !
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Par Caroline Chauvet - Jeune Afrique
Les agressions racistes contre les expatriés africains se multiplient. Elles sont parfois d'une extrême violence.
     Date de publication: 22-06-2016   15:23:07
Investissements financiers, partenariats universitaires, accords sur l’uranium… Tous ces points sont au programme de la tournée de six jours que le président indien Pranab Mukherjee a entreprise le 14 juin au Ghana, en Namibie et en Côte d’Ivoire.

Son pays commerce avec l’Afrique depuis des siècles. Mais c’est la Chine qui en est aujourd’hui le premier partenaire. Pourtant, les choses s’améliorent. Entre 2006 et 2014, les échanges commerciaux entre l’Inde et le continent ont quadruplé. Et le montant des investissements indiens en Afrique est très loin d’être négligeable : 50 milliards de dollars (environ 37 milliards d’euros) à la fin de 2013.

L’Inde s’efforce aussi d’attirer les talents. Alors qu’elle accueille déjà 25 000 étudiants africains, les autorités ont, fin octobre, promis d’octroyer 50 000 bourses supplémentaires. La cohabitation avec la population est pourtant tout sauf harmonieuse. Avant sa visite à l’université du Ghana, Mukherjee a pris soin de préciser que « les étudiants africains ne devraient pas craindre pour leur sécurité dans [son] pays ». C’est bien la preuve que tel n’est pas le cas.

Les étudiants principales cibles des violences

Les agressions qui les visent sont en effet fréquentes. Et parfois très violentes. Le 20 mai, Olivier Masonga Kitanda, jeune professeur de français originaire de RD Congo, a ainsi été battu à mort à New Delhi à la suite d’une banale dispute à propos d’un taxi. Autre exemple, en 2014, un groupe d’étudiants africains a été violemment pris à partie dans le métro de la capitale par une foule déchaînée. Sous les yeux de la police. La scène a même été filmée et largement relayée sur les réseaux sociaux…

À en croire Sushma Swaraj, la ministre des Affaires étrangères, l’agression contre le jeune Kitanda a certes constitué un « acte criminel », mais en aucun cas raciste. Les expatriés sont d’un avis très différent.

« Démon », « sorcier », « singe », « nègre »… Telles sont quelques-unes des amabilités qu’ils entendent quotidiennement sur leur passage. Jeune Congolais de 27 ans, Stéphane en témoigne. En 2011, alors qu’il vient d’intégrer une école d’ingénieurs à New Delhi (électronique et télécoms), il entreprend de prendre le bus pour aller à l’université.

« J’entendais des passagers marmonner « kalu « , ce qui veut dire « nègre » en hindi. J’avais peur. Il y a du racisme partout, mais je ne m’attendais pas à en trouver autant ici. » Stéphane, qui compte quand même de « très bons amis » indiens, est de retour à Delhi pour un stage dans l’immobilier. Et il n’est toujours pas très rassuré.
On me crache dessus depuis les balcons, on me montre des bananes…
Des préjugés à la peau dure

Khirki Village, dans le sud de la capitale, abrite une importante communauté africaine. Et ça ne se passe pas très bien avec les autochtones. Nakul, 19 ans, ne décolère pas : les « négros » ont gâché le quartier, parce que, estime-t-il, « ils trafiquent de la drogue ».

« Oui, il y a des Africains qui se comportent mal, reconnaît Sophia (il s’agit d’un pseudonyme), mais ce n’est pas le cas de tous. » Cette Ougandaise de 38 ans est venue en Inde il y a deux ans pour travailler dans l’export de vêtements et de cheveux postiches. Enfermée à double tour dans son appartement, musique africaine à fond, elle se sent en sécurité. À l’extérieur, ce n’est pas la même chanson. « On me crache dessus depuis les balcons, on me montre des bananes… L’autre jour, dans le métro, une dame à côté de laquelle je voulais m’asseoir s’est levée et est partie. »

Sophia a grandi en Ouganda entourée d’« amis indiens ». Et elle ne comprend pas ce qui arrive au pays de Gandhi. Stéphane a un début de réponse. À l’en croire, le racisme serait dû au manque d’éducation et d’ouverture sur le monde de certains Indiens. Bien entendu, d’autres explications sont possibles. Celle-ci, par exemple : dans cette société indienne très hiérarchisée, stratifiée, la peau noire est traditionnellement associée aux basses castes…

Les diplomates africains sur place ont fini par s’alarmer de la situation. Fin mai, l’ambassadeur d’Érythrée a par exemple estimé que ses collègues seraient bien inspirés de recommander à leurs gouvernements respectifs de « ne plus envoyer de nouveaux étudiants en Inde tant que leur sécurité ne sera pas garantie ». Cela paraît en effet la moindre des choses.
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