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Le monde rend hommage à Nelson Mandela, « un héros de notre temps »
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Le Monde.fr avec AFP
L'annonce de la mort de Nelson Mandela, ancien président sud-africain et Prix Nobel de la paix qu'on savait en mauvaise santé depuis de nombreux mois, a suscité de nombreuses réactions partout dans le monde.
     Date de publication: 06-12-2013   06:30:22
En Afrique du Sud, où Nelson Mandela était une véritable icône nationale, l'actuel président Jacob Zuma s'est exprimé à la télévision :

« Notre bien-aimé Nelson Mandela, le président fondateur de notre nation démocratique, nous a quittés. Il est décédé en paix entouré de sa famille aux environs de 20 h 50 le 5 décembre 2013. Il repose maintenant en paix. Notre nation a perdu son plus grand fils. Notre peuple a perdu un père. Même si nous savions que ce jour viendrait, cela n'enlève rien à notre sens d'une perte profonde et durable. Son combat infatigable pour la liberté lui a valu le respect du monde. Son humilité, sa compassion et son humanité lui ont valu leur amour. »

L'Afrique du Sud et le monde ont perdu un colosse, un modèle d'humilité, d'équité, de justice, de paix et d'espoir avec la disparition de Nelson Mandela, dit le Congrès national africain (ANC) dans un communiqué. « Sa vie nous donne le courage d'aller de l'avant dans le développement et la lutte contre la faim et la pauvreté », ajoute-t-il.

Le dernier président blanc sud-africain, Frederik De Klerk, a estimé vendredi que son successeur Nelson Mandela, qu'il avait fait sortir de prison et avec qui il a partagé le prix Nobel de la paix, était « une inspiration pour le monde entier ». « Je crois que son exemple lui survivra et qu'il continuera à inspirer tous les Sud-Africains, pour réaliser sa vision de société multiraciale, de justice, de dignité humaine et d'égalité pour tous », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis, a rendu un hommage appuyé à Nelson Mandela, premier président noir de l'Afrique du Sud, saluant un homme « courageux, profondément bon ». « Grâce à sa farouche dignité et à sa volonté inébranlable de sacrifier sa propre liberté pour la liberté des autres, il a transformé l'Afrique du Sud et nous a tous émus », a déclaré M. Obama depuis la Maison Blanche. Le président américain a ensuite ordonné de mettre les drapeaux américains en berne jusqu'à lundi soir pour honorer la mémoire de M. Mandela.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a salué en Nelson Mandela « une source d'inspiration » pour le monde. « Nous devons nous inspirer de sa sagesse, de sa détermination et de son engagement pour nous efforcer de rendre le monde meilleur », a-t-il déclaré à la presse au siège de l'ONU.

HOMMAGE EUROPÉEN

Nelson Mandela était « l'une des plus grandes figures politiques de notre temps » et le symbole de la lutte contre le racisme, ont estimé le président de l'UE Herman Van Rompuy et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Le président français François Hollande a rendu hommage jeudi soir à Nelson Mandela voyant en lui « un résistant exceptionnel » , « un combattant magnifique », selon un communiqué de l'Elysée. Nelson Mandela a été « l'incarnation de la Nation sud-africaine, le ciment de son unité et la fierté de toute l'Afrique », déclare le président français. Il a également décidé la mise en berne des drapeaux en France pour honorer la mémoire de l'ex-président sud-africain. « C'est toute l'humanité qui est en deuil. La France participe a ce deuil. Elle est aux côtés des Sud-Africains qui aujourd'hui pleurent ce grand homme », a déclaré le premier ministre français Jean-Marc Ayrault, en visite officielle en Chine.

La chancelière allemande Angela Merkel a salué vendredi la mémoire de Nelson Mandela, un « nom pout toujours associé au combat contre l'oppression de son peuple », selon un communiqué. « Tant d'années en prison n'avaient pas pu briser Nelson Mandela ou le rendre amer », a souligné la chancelière. « Et de son message de réconciliation est née une nouvelle, une meilleure Afrique du Sud », a-t-elle ajouté.

Le premier ministre britannique David Cameron a déclaré jeudi qu'« une grande lumière s'est éteinte ». « Nelson Mandela était un héros de notre temps. J'ai demandé que le drapeau soit mis en berne au no 10 » du Downing street, a-t-il précisé sur son compte Twitter.

« SYMBOLE DE LA LIBÉRATION DU COLONIALISME »

Benyamin Nétanyahou, chef du gouvernement israélien, a jugé que « Nelson Mandela était le personnage le plus honorable de notre époque. Il était le père de son peuple, un homme avec une vision, un combattant de la liberté qui avait rejeté la violence ».

Le président palestinien Mahmoud Abbas a salué jeudi soir en Nelson Mandela « un symbole de la libération du colonialisme et de l'occupation pour tous les peuples aspirant à la liberté ». « C'est une grande perte pour tous les peuples du monde et pour la Palestine », a affirmé M. Abbas, qualifiant M. Mandela de « plus courageux et plus important des hommes qui nous ont soutenus ».

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a décrété trois jours de deuil pour la mort du leader sud-africain. « Un autre géant des peuples du monde s'en va. (...) Madiba, tu es vivant pour toujours! » a écrit le président sur son compte Twitter. M. Maduro a souligné que la mort de Nelson Mandela est intervenue exactement neuf mois après le décès de l'ex-président du Venezuela Hugo Chávez.

La présidente du Brésil Dilma Rousseff a elle aussi déploré le décès de l'ancien président sud-africain. « L'exemple de ce grand dirigeant guidera tous ceux qui luttent pour la justice social et la paix dans le monde », a-t-elle déclaré, citée dans un communiqué officiel.

Le président du Nigeria, Goodluck Jonathan, a salué en Nelson Mandela l'un des « plus grands libérateurs » de l'histoire et « une icône de la vraie démocratie », dans un message de condoléances à l'Afrique du Sud. « L'humanité toute entière se souviendra toujours de Mandela et lui rendra hommage », écrit M. Jonathan.

« MADIBA NOUS A APPRIS COMMENT VIVRE ENSEMBLE »

Le dalaï-lama a déclaré vendredi avoir perdu avec Nelson Mandela « un ami cher » et a salué « un homme de courage, de principes et à l'intégrité incontestable », dans un courrier adressé à sa famille. Le leader tibétain en exil a estimé que « le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre est de faire tout ce que nous pouvons pour contribuer au respect de l'unité de l'humanité et travailler à la paix et à la réconciliation comme il l'a fait », dans cette lettre publiée sur son site Internet.

La chef de l'opposition birmane et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi a rendu hommage vendredi à Nelson Mandela, « un être humain remarquable » qui « nous a fait comprendre que nous pouvons changer le monde ».

Lech Walesa, chef historique du syndicat polonais Solidarité et Prix Nobel de la paix 1983, a rendu hommage à Nelson Mandela « un grand symbole de la lutte contre l'apartheid et le racisme » aux côtés de « Martin Luther King et de l'archevêque Desmond Tutu » . « Margaret Thatcher vient de partir. Avant elle c'était le pape Jean Paul II et aujourd'hui Nelson Mandela. Chacun d'eux a œuvré pour briser les divisions en Europe ou dans la vie des gens. Encore un grand opposant aux divisions du XXe siècle qui est mort », a regretté Lech Walesa.

« Au cours de vingt-quatre années [depuis sa libération], Madiba nous a appris comment vivre ensemble et croire en nous-mêmes et en chacun. Il a été un unificateur à partir du moment où il est sorti de prison » en février 1990, a salué l'archevêque Desmond Tutu, un autre héros de la lutte anti-apartheid et prix Nobel de la paix.
1. Mandela : les discours entrés dans l'Histoire
 
L'ancien président de l'Afrique du Sud, Nelson Mandela, est mort jeudi 5 décembre à l'âge de 95 ans. Depuis 1999, le héros de la lutte contre l'apartheid s'était retiré de la vie publique, ne faisant que de rares apparitions. En 2003 pourtant, il était sorti de son silence pour commenter l'action de George W. Bush, « un président qui ne sait pas réfléchir », et condamner le lancement de l'attaque en Irak. Car tout au long de sa vie, la parole fut la plus grande arme de Nelson Mandela.

20 avril 1964, procès de Rivonia : « Un idéal pour lequel je suis prêt à mourir »

Depuis près de deux ans, Nelson Mandela est en prison, condamné pour avoir incité des gens à se mettre en grève pour protester contre les politiques de ségrégation raciale. Mais le 20 avril 1964, Nelson Mandela répond cette fois de chefs d'accusation plus graves : sabotage, haute trahison et complot. Aux côtés de 19 dirigeants de l'ANC, le leader du parti politique est le premier à prendre la parole dans le tribunal de Pretoria. Dans un discours de près de 30 minutes, il raconte à l'assemblée la génèse et les motivations de son engagement politique, esquissant les prémices de la future « Nation arc-en-ciel ».
« La souffrance des Africains, ce n'est pas seulement qu'ils sont pauvres et que les blancs sont riches, mais bien que les lois qui sont faites par les blancs tendent à perpétuer cette situation. (...) Par dessus tout, nous voulons des droits politiques égaux, car en leur absence notre handicap sera permanent. Je sais que cela paraît révolutionnaire aux Blancs de ce pays, car la majorité des électeurs seront des Africains. Ce qui fait que les hommes blancs craignent la démocratie. Mais cette peur ne doit pas se placer au travers de la voie de la seule solution qui garantira l'harmonie raciale et la liberté pour tous. Ce n'est pas vrai que le droit de vote pour tous se traduira par une domination raciale. Le clivage politique fondé sur la couleur de la peau est totalement artificiel et quand il disparaîtra, dans un même mouvement la domination d'un groupe de couleur sur un autre sera éliminée.


Au cours de ma vie, je me suis consacré à cette lutte des peuples africains. J'ai combattu contre la domination blanche et j'ai combattu contre la domination noire. J'ai chéri l'idéal d'une société libre et démocratique dans laquelle tout le monde vivrait ensemble en harmonie et avec des chances égales. C'est un idéal pour lequel j'espère vivre et que j espère accomplir. Mais si nécessaire, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »
A l'issue de ce procès, Nelson Mandela est condamné à la prison à vie. Il restera vingt-sept ans derrière les barreaux,sous le matricule de prisonnier 46 664.



13 février 1990, la libération : « L'apartheid n'a pas d'avenir »

La foule attend, impatiente, les premiers mots du plus vieux prisonnier politique du monde, qui a quitté deux jours plus tôt la prison Victor Verster de Paarl. Depuis le balcon de l'hôtel de ville du Cap, Nelson Mandela rompt un silence de vingt-sept années. Dans une adresse formulée à la première personne, il remercie tour à tour toutes les composantes de la société sud-africaine, celles-là même qu'il lui faudra réussir à réunifier pour obtenir la paix du pays, encore régie par les lois de l'apartheid.
« Je suis ici devant vous non pas comme un prophète mais comme votre humble serviteur. C'est grâce à vos sacrifices inlassables et héroïques que je suis ici aujourd'hui. Je mets donc les dernières années de ma vie entre vos mains. (...) Aujourd'hui, la majorité des Sud-Africains, noirs comme blancs, reconnaissent que l'apartheid n'a aucun avenir. Ce système doit être aboli d'un commun accord afin de reconstruire la paix et la sécurité. (...) La situation qui nous avait poussée à prendre les armes existe toujours aujourd'hui. Nous n'avons pas d'autre choix que de continuer.

Notre lutte a atteint un moment décisif. Nous appelons notre peuple à saisir cette opportunité, afin que nous puissions accéder rapidement à la démocratie. Nous avons attendu trop longtemps notre liberté. Nous ne pouvons plus attendre davantage. C'est le moment d'intensifier notre combat sur tous les fronts. Relâcher nos efforts à présent serait une erreur que les générations qui nous suivront ne nous pardonneraient pas. La vision de la liberté, qui point à l'horizon, devrait tous nous encourager à redoubler nos efforts.

Notre marche versla liberté est irréversible. Nous ne pouvons pas laisser la peur l'emporter. Le suffrage universel dans une Afrique du Sud démocratique, unie et non raciale est notre seule voie vers la paix et l'harmonie entre les peuples. »
Sous les applaudissements de la foule, Nelson Mandela concluera son discours en citant les derniers mots de sa plaidoierie de 1964. « Ils sont toujours aussi vrais aujourd'hui qu'ils l'étaient à l'époque », martèle l'homme, se disant de nouveau « prêt à mourir pour cet idéal ».



10 octobre 1993, le prix Nobel :

Le comité suèdois décerne en 1993 le prix Nobel de la Paix à Nelson Mandela et au président sud-africain Frederik de Klerk pour l'abolition de l'apartheid, en juillet 1991. A l'hôtel de ville d'Oslo, Nelson Mandela choisit notamment de rendre hommage à la mémoire de Martin Luther King.
« Nous sommes ici aujourd'hui pour représenter les millions de personnes qui ont osé se soulever contre un système social dont l'essence profonde était la guerre, la violence, le racisme, l'oppression, la répression, et l'appauvrissement de tout un peuple. (...) Ces innombrables humains, à la fois à l'intérieur et en dehors de l'Afrique du Sud, ont eu la noblesse d'esprit de s'opposer à la tyrannie et à l'injustice, sans chercher leur gain personne. Ils ont compris qu'une blessure faite à une personne est une blessure faite à l'humanité, et ont agi ensemble pour défendre la justice et le sens commun de la décence humaine.


Notre récompense ne se mesurera que par la paix joyeuse qui triomphera un jour, car l'humanité qui unit les blancs et les noirs en une seule et même race nous permettra de vivre un jour tels des enfants du paradis. Ainsi vivrons-nous, car nous aurons créé une société qui reconnait que tous les hommes naissent égaux, et que tous ont le droit à la vie, à la liberté, à la prosperité, aux droits humains et à une bonne gouvernance. Une telle société n'autorisera plus jamais que certains soient faits prisonniers à cause de leurs idées. (...)

Qu'il ne soit jamais dit par les générations futures que l'indifférence, le cynisme et l'égoïsme nous ont empêché d'être à la hauteur des idéaux humanistes. Que chacune de nos aspirations prouve que Martin Luther King avait raison, quand il disait que l'humanité ne peut plus être tragiquement liée à la nuit sans étoiles, du racisme et de la guerre. Que les efforts de tous prouvent qu'il n'était pas un simple rêveur quand il parlait de la beauté de la véritable fraternité et de la paix, plus précieuse que les diamants en argent ou en or. »



10 mai 1994, l'investiture : « Une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde »

Le 27 avril 1994, Nelson Mandela est élu à la tête de l'Afrique du Sud, avec 62,2 % des voix. Nelson Mandela prête serment, devenant le premier président noir d'Afrique du Sud, après quatre longues et difficiles années de négociations avec la minorité blanche.
« De l'expérience d'un désastre humain inouï qui a duré beaucoup trop longtemps, doit naître une société dont toute l'humanité sera fière. Nous, le peuple d'Afrique du Sud, nous sentons profondément satisfaits que l'humanité nous ait repris en son sein, et que le privilège rare d'être l'hôte des nations du monde sur notre propre terre nous ait été accordé, à nous qui étions hors-la-loi il n'y a pas si longtemps.


Le temps est venu de panser nos blessures. Le moment est venu de réduire les abîmes qui nous séparent. Le temps de la construction approche.Nous avons enfin accompli notre émancipation politique. Nous nous engageons à libérer tout notre peuple de l'état permanent d'esclavage à la pauvreté, à la privation, à la souffrance, à la discrimination liée au sexe ou à toute autre discrimination. Nous avons réussi à franchir le dernier pas vers la liberté dans des conditions de paix relative. Nous nous engageons à construire une paix durable, juste et totale.

Nous avons triomphé dans notre effort pour insuffler l'espoir dans le cœur de millions de nos concitoyens. Nous prenons l'engagement de bâtir une société dans laquelle tous les Sud-Africains, blancs ou noirs, pourront marcher la tête haute sans aucune crainte au fond de leur cœur, assurés de leur droit inaliénable à la dignité humaine - une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde.

Le soleil ne se couchera jamais sur une réussite humaine si glorieuse. »
En mai 1999, Mandela se retire au terme d'un seul mandat.


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