MOUVEMENT NKUL BETI
   CAMEROUN             AFRIQUE             MONDE
Journée mondiale du crédit pour tous
Source, auteur, copyright
Célestin NKOU NKOU
Expert en microfinance
cnnconsult@yahoo.fr
Le 17 octobre de chaque année, la communauté internationale revisite le chemin parcouru dans la lutte contre la précarité. Souvent, le Cameroun s’y illustre en exécutant la danse ‘yayakàm’ deux pas en avant, dix pas en arrière, car il s’agit d’une bataille de longue haleine, au bilan mitigé.
     Date de publication: 08-10-2014   19:59:25
Personnellement, je me joins à ce combat en apportant mes suggestions symboliques pour la vulgarisation de la finance inclusive dans mon pays, étant persuadé que l’argent peut et doit être démystifié. Cette opération est nécessaire pour la mise à coût réduit de cet outil d’échanges, à la portée des catégories vulnérables et exclues que sont : les pauvres, les femmes, les jeunes et les handicapés. En effet, l’exclusion est un facteur d’inaction. Par ricochets, l’inaction a des coûts sociaux et économiques inestimables, lesquels j’essaierai d’évaluer au fil de la présente analyse, en comparant l’eau avec l’air.

Avant de présenter mes modestes propositions, un état des lieux s’impose :
  • L’économie camerounaise demeure fragile à cause de taux d’investissements très faibles et dominés par une croissance négative ;

  • Les déséquilibres régionaux sont inquiétants ;

  • Les inégalités et le fossé entre la majorité pauvre et une minorité de fonctionnaires véreux mais miraculeusement riches, ne cessent de se creuser et donnent lieu à une réelle « fracture sociale » ;

  • Le taux de bancarisation insignifiant et le niveau d’industrialisation embryonnaire alimentent un chômage chronique et en hausse permanente ;

  • La superstition, la naïveté et le fétichisme augmentent la recrudescence des pratiques païennes ainsi que l’engagement dans des ordres mystiques ;

  • La politique, la corruption et l’impunité des délinquants favorisent la célébrité des bandits à col blanc ;

  • Le goût de l’argent facile accentue l’engouement à la prostitution, la ‘feymanie’, l’homo-sexualité, la drogue et la criminalité à ciel ouvert, gages de l’insécurité irréductible ;

  • Le spectre de la sorcellerie agité par les églises dites réveillées, accentue la panique chez les chrétiens et des athées. Parfois, les adeptes de ces sanctuaires refusent d’aller se faire consulter auprès des dispensaires, en croyant que la prière soigne la mort. Cette peur paralyse les âmes et les esprits qui se réfugient et dorment dans les chapelles en longueur d’années. Finalement, nous ne travaillons plus. Nous dormons dans le lit de la misère, comme des momies prêtes-à-être-emportées par le trépas.
Ce que je propose alors, n’est qu’un plan d’actions pour notre pays, dans le but de faire reprendre conscience à tous les volontaires du progrès, car pour affronter les crises latentes auxquelles nous sommes exposés, il faut relancer notre économie autrement. Il ne s’agit donc pas de rêves utopiques, mais de mesures concrètes et réalistes. Je voudrais :
  • non seulement contribuer à réinstaurer la confiance et l’enthousiasme au sein de nos populations ;

  • participer à la création des emplois et des richesses même dans les secteurs non marchands ;

  • contribuer à améliorer le pouvoir d’achat et les conditions d’existence des camerounais, mais aussi, je voudrais contribuer à remettre notre pays sur une trajectoire de croissance solide et durable, laquelle profite à tous les Camerounais et Camerounaises, non plus à un petit cercle de privilégiés.
Malgré la longue liste des handicaps décrits dans l’état des lieux ci-dessus, d’autres maux non identifiés ici existent encore, mais revenons dans l’analyse comparative de l’eau et de l’air. Au départ, l’eau est une ressource naturelle incolore, inodore et sans saveur, mais extrêmement vitale pour les êtres et les végétaux. C’est pour cela qu’on dit d’ailleurs que : « l’eau c’est la vie ». A la longue, elle est devenue forcément un bien économique et une ‘denrée rare’, au regard des nombreux usages domestiques, industriels, décoratifs, touristiques, médicaux, agricoles, piscicoles et même spirituels que l’on en fait. Parmi : bains, boissons, source d’énergie, irrigations, arrosages, cuissons, élevages, voies, refroidissements, transports, rouissages, extinction d’incendies, jets, chauffages, glaçons, lavages, piscines, etc. et autres fonds baptismaux, constituent le témoignage de ces multiples exploitations du précieux liquide. Toutefois, pour ne citer que deux cas : l’eau de mer est consommable après dessalaison, et l’eau brute doit être traitée pour qu’elle soit potable. Les procédés mis en œuvre sont très divers : filtration, neutralisation, adoucissement, déferrisation et désinfection. Ainsi, comme ces divers traitements entraînent des coûts supplémentaires, la consommation de l’eau devient aussi un problème de budgets et d’investissements souvent importants.

Au contraire de l’eau, l’air pur est une matière non économique parce qu’on le respire directement sans avoir besoin de le traiter d’avance. A cause du recours à l’argent, dans les boutiques et aux abords des trottoirs, l’eau est vendue en citernes, en bouteilles, en sachets ou au gobelet dans certains pays comme le nôtre. A la laverie, l’eau est commercialisée sous forme de pression. Chez le blanchisseur et au pressing, le prix de l’eau est inclus dans le montant des factures de linge. Pourtant, l’air est gratuit en tous ces lieux précités, y compris auprès des stations-services et des colleurs de roues. Admettons sans exagération que de nos jours, à cause des pressions économiques et de la pyramide des besoins humains, l’argent est aussi devenu un peu indispensable dans notre quotidien, comme l’air pour les poumons, l’eau et le sang pour le corps de l’homme. Par analogie avec ces trois éléments indispensables, en principe, personne ne doit en manquer. Sinon, l’individu dépourvu d’argent, encourt des risques d’asphyxie, de déshydratation ou d’anémie monétaire. Dorénavant, la monnaie (ou l’argent) doit circuler comme le sang et l’air. Le cas échéant nous pourrions, non seulement contribuer à : réduire les inégalités entre les riches et les pauvres, améliorer les conditions de vie des pauvres, augmenter le taux de bancarisation, mais aussi, nous pourrions contribuer à sauver des millions de vies pour le bien de l’humanité. Et si l’accès au crédit signifie concrètement : accès au capital ou à l’argent, il faut donc en intensifier la circulation des flux, en élargir le champ et la portée.

Pour y arriver, l’ONU, la Banque Mondiale, le FMI, les ONG, les multinationales, les banques et autres bailleurs de fonds…doivent se concerter pour que le ‘crédit’ figure désormais dans la charte internationale, parmi les droits de l’homme élémentaires certes, mais ceux essentiels et inaliénables. Les partenaires au développement tels que l’Agence Française de Développement et la KFW sont des membres actifs du Groupe consultatif d’assistance aux pauvres (CGAP). C’est un consortium de 29 agences de développement privées et publiques, parrainé par la Banque mondiale, qui travaillent ensemble pour étendre l’accès des pauvres aux services financiers dans les pays en développement. Pour le Ghanéen Kofi Annan, à l’époque Secrétaire général de l’Onu, le microfinancement « s’est révélé une arme efficace contre la misère et la faim, et permet d’améliorer réellement le sort des gens, surtout de ceux qui en ont le plus besoin». «Soyons clairs, avait-il déclaré au moment du lancement de l’Année internationale, le microfinancement n’est pas une forme de charité. C’est une façon de permettre aux ménages à revenu faible de disposer des mêmes droits et des mêmes services que tous les autres. (…) C’est une façon de reconnaître que les pauvres ne sont pas le problème, mais la solution. » Il avait aussi estimé, comme d’ailleurs l’ensemble des partisans du microcrédit, que « c’est précisément le type de progrès qu’il faut faire » pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), dont la réduction de la pauvreté de moitié d’ici 2015 est la cible-phare. A deux mois de 2015, les résultats restent très décevants. Les fleurs n’ont pas donnés les fruits escomptés, et la pauvreté a au contraire redoublé ses ravages.

Entre-temps, il existe déjà plusieurs types de journées internationales. En proclamant 2005 « Année internationale du microcrédit », l’Assemblée générale des Nations unies a voulu donner une impulsion forte à la microfinance, devenue un instrument essentiel de la lutte contre la pauvreté. Au demeurant, ce dernier slogan n’a pas suffit pour déclencher la grande artillerie contre la faim, le chômage et la pauvreté. Le message est tombé dans les oreilles sourdes des hommes les plus riches du monde. Pourtant, depuis plus de deux décennies, les cinq continents célèbrent la Journée mondiale du refus de la misère ou, soi-disant, l’élimination d’une pauvreté dont l’amplification des dégâts ne cesse de progresser. La pauvreté s’avère ainsi comme étant cette forme d’esclavage sauvage et violent, dont on ne vante pas l’éradication sans l’avoir au préalable terrassée. (A moins qu’on ne veuille vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, et placer la charrue devant les bœufs). Pour proclamer l’abolition éventuelle de la pauvreté, il y a trois principales étapes à franchir, notamment :
  1. Face à une situation socioéconomique déplorable qui perdure, les chercheurs, les économistes et les experts financiers ont l’obligation de se remettre en cause, et se revaloriser en s’attelant à de nouvelles recherches scientifiques fouillées et approfondies. Grâce à des théories économiques et financières inédites, l’argent mérite d’être débarrassé de son titre de ‘bien économique’ omnipotent, pour le ramener à la dimension d’un outil ordinaire à visage humain ;

  2. Devant l’ampleur de la misère, la prise de conscience est une affaire de tous. Toutefois, il faut sensibiliser abondamment surtout les nantis, pour qu’ils admettent une évidence : « quel que soit le milieu, on y distingue les riches par ce qu’ils sont entourés de nécessiteux ». Or, même en parcourant la bible, on constate que dans maintes régions de notre planète, les prolétaires se sont souvent appauvris davantage pour enrichir les riches. Du coup, si l’on pense que c’aurait pu être l’inverse entre nantis et démunis, les premiers doivent donc apprendre à partager avec les derniers. A travers le concept de la finance inclusive : « to make a better day for all, let’s try to lend hope through the slogan ‘Loans for all starting from 2016’ ! » Littéralement : « pour rendre les jours meilleurs pour tous, essayons de prêter l’espoir à travers le slogan ‘Crédit pour tous à partir de 2016’. » Ceci en souvenir de 2015, année butoir des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

  3. Les pauvres doivent savoir que la pauvreté n’est pas une fatalité à subir docilement. Ils doivent se révolter et se mobiliser pour résister au joug du paupérisme. Ils doivent briser les chaînes et s’échapper de cette prison où la pauvreté les enferme, car l’argent est un mauvais maître sous la domination duquel, il ne faut jamais se soumettre.
Afin de libérer psychologiquement et matériellement les pauvres de l’esclavage monétaire, voici trois humbles propositions :
  • Commençons d’abord par dématérialiser et ‘convertir’ la monnaie en une devise quelconque (par exemple l’unité de compte ‘nonCFA’), c’est-à-dire une ressource à la fois virtuelle et palpable désormais ‘non-économique’. En effet, grâce aux technologies de l’information et de la communication (TIC) on peut utiliser l’argent sans le toucher, ni le manipuler ;

  • Ensuite, sans actionner la « planche à billets », on peut faire beaucoup de choses avec peu d’argent. Même s’il faudra souvent le « store in a cool dry place, out of reach of robbers », parce que l’argent n’aime pas le bruit et les prédateurs… Vulgarisons la circulation des flux monétaires entre toutes les couches de la population !

  • Enfin, pour immortaliser le symbole du ‘prêt’, il appartient à l’ONU d’instaurer et de commémorer chaque année, à une date qu’il reste à déterminer, la journée mondiale de l’accès au « crédit pour tous ».
Pourquoi le crédit et non « l’argent pour tous » ? Lorsque les banques octroient des crédits, économiquement parlant, elles créent de la monnaie. Par conséquent, le crédit n’est : ni un cadeau, ni une manne, encore moins une avance d’argent gratuite. Le crédit est une dette d’argent dont le prix est l’intérêt débiteur, et le principal est à rembourser intégralement au prêteur, dans les délais prévus au contrat. En d’autres termes, c’est une faveur, un privilège et un mérite avec des contraintes. Sans parler de la consommation des bières, des liqueurs et des cigarettes, pour ne citer qu’un cas sur les dépenses effectuées annuellement par les Camerounais en termes de communications, …

Citation : « En 2013, les sociétés de téléphonie mobile au Cameroun ont cumulé un CA de 500 milliards FCFA Orange et MTN, le duopole qui contrôlait le marché de la téléphonie mobile au Cameroun en 2013, a réalisé un chiffre d’affaires cumulé évalué à 500 milliards de francs CFA, révèlent les statistiques du ministère camerounais des Postes et Télécommunications. Selon la même source, le secteur de la téléphonie mobile dans le pays c’est aussi 6000 emplois directs et 300 000 emplois indirects, ainsi que 617 milliards de francs CFA d’impôts et taxes payés au Trésor public camerounais au cours des 5 dernières années. Des statistiques qui devraient connaître un véritable bond dès l’année 2015, avec l’arrivée sur le marché, depuis le 18 septembre dernier, d’un 3ème opérateur de téléphonie mobile, Viettel Cameroun qui opère sous la marque Nexttel, ainsi que la délivrance, le 26 septembre 2014, de la 4ème licence de mobile du pays à l’opérateur public des télécoms, Camtel. » Fin de citation. Ces chiffres ci-dessus annoncés pourraient quintupler en moins de dix ans, au cas où ces 500 milliards de FCFA de chiffre d’affaires, mis en circulation seraient recyclés sous forme de microcrédits dans le cadre de la « finance inclusive ». Les fournisseurs MTN et Orange n’accordent-ils pas déjà des mini-microcrédits de 250 FCFA à très court terme ? Les consommateurs, surtout pauvres, ne remboursent-ils pas ?

Cela signifie simplement que : ce n’est pas l’argent qui manque au Cameroun, c’est la volonté. De toute façon « Les pauvres en bonne santé ne veulent pas de la charité et ils n’en ont pas besoin . » Les aumônes en piécettes de monnaie ne font qu’ajouter à la détresse des indigents. Elles les privent de leur esprit d’initiative et de leur dignité. Le crédit qu’on octroierait aux pauvres deviendrait alors un levier galvanisant les efforts de ces derniers. Par extension, ce serait une clé qui leur donne la possibilité d’ouvrir les portes fermées de la richesse, et d’explorer enfin l’intégralité de leur potentiel souvent peu ou pas du tout exploité. Faute par nous de le ‘faire crédit’, nos populations seront toujours dans le besoin. Et nous tous avec elles. Notre Besoin est la différence entre : la Situation de Finance Inclusive Désirée et la Situation de Finance Classique Actuelle, c’est-à-dire : SFID – SFCA = B.

La concrétisation de la stratégie de finance inclusive, en projet au Cameroun depuis bientôt deux ans, l’amélioration du taux de bancarisation et la sortie progressive du tunnel de la pauvreté, sont à ce prix.
   Commentaires - [Total : 0]
  Pour écrire un commentaire, connectez-vous en cliquant ici
MENTIONS, COPYRIGHTS
Célestin NKOU NKOU
Expert en microfinance
cnnconsult@yahoo.fr
Warning. A l’attention de tous nos visiteurs internautes !
Le Code de la propriété intellectuelle n’autorise que « les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective ». Tous les éléments présentés sur notre site MNB (images, vidéos, extraits sonores, textes, photos, logos, illustrations, etc.) sont soumis de facto au droit d'auteur, même si leur accès est libre et gratuit et qu'aucune mention de copyright © ne précise qu'ils sont protégés !

Lors de vos utilisations, reproductions ou représentations d’une œuvre ou d’une partie d’œuvre publiée sur notre site, il est donc conseillé d’obtenir au préalable, le consentement de son auteur, de citer l’auteur et la source originale éventuelle de ladite œuvre. Faute par le copiste de respecter cette démarche, il s’expose seul aux lois, poursuites et condamnations en vigueur, lesquelles combattent le plagiat et la contrefaçon.
NOS PARTENAIRES