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Barrage de Memvele’e, L’horreur à ciel ouvert
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© Camer.be : Yannick Ebosse
Le projet de barrage de Memve’ele, mis en œuvre dans le Département de la Vallée du Ntem et dans l’Arrondissement de Ma’an, est l’un des projets des grandes réalisations du Gouvernement camerounais.
     Date de publication: 28-10-2013   14:45:09
Ce projet de près de 300 milliards FCFA, placé sous la direction d’une « Cellule du Projet » qui avait été présenté comme un projet de développement aux populations riveraines s’est vite transformé en un véritable cauchemar pour ces derniers. Dans son esprit, le projet énergétique devait leur permettre d’améliorer leurs conditions de vie par le biais des compensations justes et équitables pour la perte des biens (champs et constructions) et par celui de l’application des mesures spécifiques en agriculture, santé, éducation, formation et emploi prévues dans le cadre du PASEM (Programme d’Accompagnement socio-économique de Memve’ele) pour lequel près de 5 milliards avaient été prévus.

Sur le terrain, la « Cellule du projet » exécute le projet en totale violation des obligations légales auxquelles elle est soumise conformément aux dispositions de l’Etude d’Impact Environnemental et de son Plan de Gestion Environnemental élaborés pour la réduction de la nocivité des activités du projet sur l’environnement et sur la qualité de vie des populations riveraines.

En effet, les paysans locaux ont vivement contesté : Les conditions dans lesquelles les indemnisations relatives à la destruction de leurs biens avaient été établies (non prise en compte de tous les biens des ménages affectés, extorsions des villageois perpétrées par les membres de la Commission de Constat et d’Evaluation, menaces et intimidations à l’endroit des individus qui ne voulaient pas se plier à la supercherie et autres) ; les montants qu’ils ont reçu (très souvent en dessous des biens affectés) ; Et la procédure de traitement des plaintes y afférentes (une centaine de réclamations) a poussé le Premier Ministre à instituer, le 08 mai 2012, une commission d’enquête administrative qui, malgré tous les espoirs de justice qu’elle avait suscité chez les personnes affectées, n’a jamais rendu la copie de sa mission d’enquête sur le terrain.

En plus, les populations vivent dans une incertitude absolue du lendemain. Les rares informations qu’elles reçoivent du projet font état du fait qu’elles seront déplacées voire chassées. Seulement, elles ne savent ni le calendrier d’exécution de cette mesure, ni le lieu de leur nouvelle relocalisation. Et même si on leur demandait aujourd’hui de partir se réinstaller ailleurs, elles n’ont plus un radis de l’argent reçu en novembre 2011 au titre de compensation pour la perte de leurs maisons.

Le 12 septembre 2013, elles ont été surprises de se voir se présenter l’entreprise qui avait gagné le marché d’exhumation des corps de leurs parents lors d’une réunion tenue chez le Chef de Canton Mvaé-Ouest et présidée par le Préfet du Département. Au cours de cette réunion, les autorités voulaient que leur soient présentés les lieux où des cimetières allaient être recréés pour la réinstallation des tombes. Et depuis quelques jours, c’est avec les larmes de colère et d’indignation qu’elles voient, ladite entreprise déterrer les restes de leurs défunts parents sans précaution particulière à l’aide d’engins excavateurs.

C’est Oding, siège de la Chefferie du Canton, qui a été le premier village à connaître cette situation. Lors des opérations y relatives, des odeurs pestilentielles émanaient des tombes dans lesquelles des personnes avaient récemment été inhumées poussant les habitants à fuir le village. Les populations de la zone et leurs leaders d’opinion se disent prêts à s’opposer à cette mesure qui bafoue la culture de leurs ancêtres qui voudrait que les morts restent à côté des leurs pour les protéger.

Cette situation n’est pas isolée car on se souvient avoir vu le 06 octobre 2013, sur les plateaux de la chaîne de télévision LTM ces populations se plaindre de leurs conditions de vie devenues difficiles consécutivement aux travaux de construction du barrage. On avait par exemple le cas du village Asseng qui avait eu des maisons complétement détruites suite au dynamitage des rochers sur la route d’accès au barrage et pour lesquelles il avait fallu plus de 60 jours pour qu’un semblant de réparation puisse être fait par l’entreprise de travaux public chinoise responsable de l’aménagement de la route, les tôles et planches utilisées à cet effet ayant été celles de récupération.

Bien qu’on ne puisse pas remettre en question la contribution de ce projet au développement du pays s’il est conduit jusqu’à terme, le bât blesse lorsque l’entreprise qui en a la charge viole les droits humains fondamentaux consciemment et dans le cas actuel, ceci est grave parce que cette violation est systémique. C’est pourquoi, les personnes affectées par ce projet appellent toutes les institutions étatiques compétentes (PM, MINDCAF, MINEP, CONAC…etc.) à se pencher sur les situations qu’elles endurent au quotidien afin que réparations durables puissent être apportées aux préjudices qu’elles ont subis et pourraient continuer à subir du fait de ce projet des « Grandes Réalisations ». Affaire à Suivre.
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