MOUVEMENT NKUL BETI
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Vincent-Sosthène Fouda-Essomba la mécanique intellectuelle de la politique camerounaise
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© Mouvement Nkul Beti - Propos recueillis par Maurice Ze
Vincent-Sosthène FOUDA est l’un des benjamins de la nouvelle génération des hommes politiques camerounais d’envergure nationale et internationale.
     Date de publication: 15-09-2012   15:42:10
En juin 2011 alors que le bal des prétendants à la magistrature suprême bat son plein au Cameroun, dans un portrait que dresse de lui le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, Yves Atanga le rédacteur en chef le présente comme « monsieur long crayon aux milles idées ». Le natif de Yaoundé est aujourd’hui l’homme politique qui fait la course en tête en terme de propositions et d’analyses depuis le dernier scrutin présidentiel. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, sa parole est attendue, recherchée et ses silences sont scrutés et analysés. Nous sommes allés à la rencontre de « l’homme pressé » suivant l’expression de notre confrère Babylas Boton d’Africa 24. Celui à qui toute l’opinion publique prédit un destin national trace jour après jour son chemin, tisse ses liens et propose la troisième voie quand on lui demande de s’associer au Ministre d’Etat Marafa Hamidou Yaya ou au Professeur Maurice Kamto, il présente les deux comme « les hommes du passé et du passif ». Une place au gouvernement Biya ? Non pas tant que les Institutions camerounaises n’auront pas donné une place à l’opposition camerounaise afin qu’elle joue pleinement son rôle.

Dr Vincent Fouda Essomba merci d’avoir accepté l’invitation de « Face à Face », un nouveau format médiatique dont les ambitions se limitent au niveau de la vérité politique, économique et sociale de l’Afrique.
1. Face à Face : Vous êtes un politicien camerounais bien connu sur la scène politique africaine et internationale. Tourner le dos à l’enseignement et à la recherche universitaire pour mener un combat politique presque sans issue, une décision de vous à saluer ?
 
Il n’y a pas de décision à saluer mais un engagement, un choix à assumer. Ce n’est pas le chemin le plus facile, je le vis au quotidien et je découvre que c’est un choix qui affecte plus d’un autour de moi, les enfants, mon épouse et tous ceux qui m’aiment.

Pour moi la politique est une vocation, parce que c’est faire don de soi, de sa vie aux autres, ceux qui vous aiment et ceux qui vous regardent de haut, ceux qui sont grands et ceux que tout le monde ignore. Voilà pourquoi j’ai dit que je suis l’homme de l’ensemencement et des terminaisons. Regardez juste devant moi cette belle sculpture de Rodin, regardez comment les muscles se déploient, elle m’inspire et chaque pas que je fais prépare la victoire de demain.
2. Face à Face : L’homme politique que vous êtes aujourd’hui est-il celui d’hier ? Qu’auriez-vous mieux fait ? Regrettez-vous d’avoir perdu de crédibilité à certains moments de votre carrière politique et quel est le prix que vous payez ?
 
Des erreurs nous en commettons tous et tous les jours et ce sont elles qui nous permettent d’avancer parce que nous nous améliorons. Je ne crois cependant pas que les erreurs fassent perdre de la crédibilité ! Il y a un travail de sape qui est fait au quotidien pour discréditer notre travail parce que nous sommes les seuls aujourd’hui à travailler sur les champs politique et social encore que la frontière entre les deux n'est pas étanche. On ne jette des pierres que sur un arbre qui porte des fruits et de préférence de bons fruits. Depuis la présidentielle nous avons publié 42 articles dans les journaux à grand tirage du Cameroun que sont le Jour, Le Messager, Mutations et Nouvelle Expression, nous avons participé à une cinquantaine d’émission radio, à une vingtaine d’émission télé. 5 émissions télévisuelles ont été consacrées à notre personne, 3 en radio. La presse internationale n’est pas en reste, France2, France 24, TV5 nous ont reçu sur leur plateau. Pour les journaux en ligne comme vous, nous émettons une opinion relayée par chacun d’entre vous, même ceux qui nous sont hostiles. Ceci demande un travail d’équipe et une grande concentration parce qu’il y a beaucoup de travail à faire dans notre pays. Si nous étions en course, nous dirions que ce n’est pas facile de faire la course en tête. Il faut de temps en temps un lièvre qui malheureusement absent de la scène socio-politique de notre pays. Il y a une grande concentration et de grands financements des services de renseignement au Cameroun avec une mauvaise orientation puisque ces services travaillent pour traquer les intelligences camerounaises et non pour les drainer vers le développement; ils ne travaillent pas pour le développement du Cameroun mais pour maintenir le peuple dans une attitude de soumission intellectuelle, une dépendance économique, voire affective parce que ces hommes et ces femmes n’hésitent pas à entrer dans votre intimité et à élire domicile dans votre lit.
3. Face à Face : J’ai particulièrement un problème de compréhension avec la plateforme Cameroun Génération 2011 et le parti politique MCPSD (Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie). Quel est le point commun entre les deux et quel rôle assumez-vous au sein de ses structures politiques ?
 
Cameroun Génération 2011 est un groupe de huit petits partis qui entre 2008 et 2011 m’ont demandé de les conduire à l’élection présidentielle de 2011 et parmi ces huit partis il y a le Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie dont je suis le président en exercice. Le point commun entre tous ces partis est qu’ils font partis de la grande famille de la social-démocratie qui pense qu’après la fin de l’Etat providence le Cameroun a besoin d'institutions fortes qui encouragent le génie créateur de ses peuples et qui soutiennent les plus faibles.
4. Face à Face : Je voudrais entrer au cœur de l’organisation de vos activités politiques et sociales…
 
Au cœur de nos activités politiques et sociales il y a l’homme, celui que nous sommes mais aussi celui au service duquel nous sommes au quotidien car partout où l’homme souffre c’est l’humanité qui est en chacun d’entre nous qui meurt. Ceci est inscrit au cœur de la Torah comme au cœur du christianisme, de l’islam comme au cœur des religions traditionnelles africaines. Alors que nous étions maltraités par les forces de police du Cameroun, le journal l’Actu au Camroun a titré avec raison: Dr Vincent-Sosthène Fouda : Le politologue se fraie un chemin humanitaire (Pour lire, cliquez ici...). Ça veut dire ce que ça veut dire mais cette jeune journaliste, Olive Atangana a su après avoir passé presqu'une journée dans notre cellule, percevoir le combat et l’engagement qui sont les nôtres. Elle a compris mieux que quiconque ce qui nous motive et sous-tend toute notre action politique. Nous sommes en politique parce que nous avons voulu nous mettre au service de l’homme et en cela, la politique est un sacerdoce.
5. Face à Face : Nous savons que Cameroun Génération 2011 avait été pensé pour l’élection présidentielle 2011. Comment comptez-vous réorganiser cette plateforme afin qu’elle soit uptodate? La politique africaine connait donc des changements…
 
Il n’y a pas de réorganisation de fond dans la mesure où Cameroun Generation 2011 est un regroupement d’hommes et de femmes qui a pris conscience que 2011 est le point de départ de la prise en main de notre pays. Nous faisons au quotidien des propositions pour faire progresser notre pays. Nous voulons en arriver à ce que les hommes et les femmes, les personnes du troisième âge comme les jeunes et les enfants se sentent bien, soeint en sécurité dans ce pays qui nous appartient à tous. Maintenant la plate-forme telle qu’elle apparait au public aujourd’hui connaitra certainement un toilettage mais cela ne dépend pas de nous personnellement. Il y a toute une équipe qui y travaille et nous espérons que les camerounais vont apprécier les résultats car c’est avant tout pour eux que ce travail est fait.
6. Face à Face : Que veut dire pour vous « faire de la bonne politique » ? Quelle place devrait occuper le peuple dans les décisions politiques ?
 
Il n’y a pas de bonne politique. La politique doit être réaliste et adaptée à une époque, à une période donnée de l’histoire des peuples et des nations. Au regard de ce que nous sommes, il est plus qu’urgent pour notre pays de construire un véritable espace d’expression et d’épanouissement pour nos concitoyens. Ceci n’est possible que si nous savons associer tout le monde. La démocratie organiciste qui voudrait que les fonctions soient reparties comme dans un corps humain n’est pas la démocratie ! Si vous permettez une société où certains comme dans le corps humain s’occuperaient uniquement de gouverner et d’autres de suivre, vous courez à l'échec. Ce n’est plus possible aujourd’hui. Nous devons brasser les hommes et les femmes de notre société, les touiller, les plus importants comme ceux qui pensent qu’ils ne peuvent rien apporter. C'est ce mélange qui va faire naitre le Cameroun que nous appelons de tous nos vœux. C’est possible, le Burkina Faso sous Sankara a fait naitre une nouvelle vision du « vivre ensemble » tout comme nous avons aujourd’hui une nouvelle nation arc-en-ciel en Afrique du Sud. La société parfaite n’existe pas; ce qui existe c’est la volonté des hommes, ceux qui dirigent à améliorer le quotidien de leurs gouvernés. Croyez-moi dans notre pays, il y a du travail, beaucoup de travail à faire encore.
7. Face à Face : Comment voyez-vous la scène politique camerounaise ? Où se trouvent les défaillances du système politique de ce pays par rapport aux pays africains avancés en matière de démocratie comme le Ghana par exemple ?
 
Nous avons un déficit d’Institution et ceci est visible à tous les niveaux permettez-nous de vous en donner quelques exemples. Nous parlons des fonctions régaliennes d’un Etat dont la première est d’assurer la sécurité des hommes et des biens. Le reproche qui est fait à l’Etat du Cameroun n’est pas qu’il y ait des malfrats en son sein mais c’est qu’il encourage et entretien ce gang de malfrats. Que tous les crimes restent impunis. Ces jours-ci deux jeunes filles Rosy et Paola Epanya ont été assassinées et ce crime reste impuni! Nous n’avons pas perçu l’onde de choc qui devrait en pareille circonstance traverser l’appareil d’Etat dans notre pays ! Il en est de même des autres drames qui secouent notre pays et où l’on ne voit pas la présence de l’Etat. La partie septentrionale du pays souffre en ce moment de graves inondations mais aussi de choléra, nous nous serions attendu à une réelle mobilisation de l’appareil de l’Etat mais hélas ! Les Etats non producteurs de pétrole ont décidé de stabiliser le prix des carburants à la pompe pour une durée minimale de 3 mois pendant qu’au Cameroun pays producteur de pétrole on parle d’augmentation du prix du carburant à la pompe et de la fin des subventions du secteur pétrolier. Le Cameroun a mal à ses Institutions qui n’existent pas où alors sont complètement absentes. Ceci bloque tout l’appareil d’Etat dans sa volonté de construction d’un Etat mais aussi d’une Nation. La résurgence des thèmes d’autochtonie et d’allochtonie découle de cette incapacité de l’Etat à construire des passerelles de rencontres des peuples qui vivent dans ce territoire désigné Cameroun. A quand l’avènement d’un Ministère des Chefferies traditionnelles et de la Mobilité Citoyenne parce que les Camerounais ne se connaissent pas entre eux ? Nous manquons d’infrastructures de communication (pas de routes, pas de chemins de fer); la libéralisation du secteur de la communication tarde à combler ce déficit parce que la presse, la télévision comme la radio entrent progressivement dans la danse de l’émiettement du pays. L’Etat s’est arrêté dans sa mise en place le 6 novembre 1982 avec l’avènement du Président Biya au pouvoir; le peuple est lui aussi rentré dans le maquis pour survivre résultat des courses; il n’y a aucune force aujourd’hui capable d’aider à redresser la lourde machine administrative de notre pays.
8. Face à Face : L’Afrique Autrement, L’Afrique Gagnante c’est quelle Afrique ?
 
C’est une Afrique qui intègre sa principale richesse qui est l’humain et où cet humain va mettre au service de la collectivité les immenses richesses dont dispose le continent. Ceci est possible.
9. Face à Face : Quels sont les exemples africains que le Cameroun devrait suivre ?
 
L’important pour moi n’est pas de chercher les bons ou les mauvais exemples en Afrique ou ailleurs pour notre pays. Ce qui est important c'est ce qui est bon aujourd’hui pour le Cameroun et pour son peuple avec l’histoire qui est la nôtre. Voilà le point central de notre engagement politique qui vise à sortir la politique et son engagement de la conception actuelle qui voudrait que la politique soit l’art de mentir, de promettre ce qu’on ne réalisera jamais, de vendre des illusions à un peuple en souffrance. Rawlings l’a fait au Ghana, Sankara en a posé les bases au Burkina Faso, Mandela a donné naissance à la Nation Arc-en-Ciel; ce sont autant d’exemples qui montrent que c’est possible quand le peuple sait reconnaitre un leader et lui apporte tout son soutien.
10. Face à Face : Avez-vous créé « l’Affaire Vanessa » pour vous rapprocher du peuple ?
 
Voilà l’exemple parfait du travail des services de renseignement de notre pays ! En 2003 nous avons publié chez L’Harmattan l’ouvrage Notion de réussite ou d’échec dans la filiation adoptive : Analyse juridico-sociologique avec une critique de mes pairs dont Jean-Pierre Chagnolaud, Alain Forest etc. Cet ouvrage s’est vendu à plus de 2500 exemplaires et est référencé dans plus de 500 bibliothèques universitaires ! Comment voulez-vous que nous ayons pu fabriquer une histoire dix ans avant de la mettre à exécution ? Votre question est la reproduction grandeur nature de notre propre incapacité à nous dépasser et à reconnaître l’autre comme notre prochain. Mademoiselle Vanessa Tchatchou est entrée à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Ngousso enceinte, elle est ressortie expulsée de cet établissement sans son bébé, sans sa dépouille, sans un moindre document attestant qu’elle y est entrée comme patiente. Devant un tel drame qu’auriez-vous souhaité ? Que nous restâmes les bras croisés ?
11. Face à Face : Pourquoi « l’Affaire Vanessa » n’est pas encore terminée et quelles sont les raisons de votre échec sachant que Vanessa n’a toujours pas récupéré son bébé ?
 
L’affaire Vanessa souffre d’une multitude de déficits, le premier de ces déficits vient d’une incapacité collective à vitre des émotions communes, très peu de gens sont touchés dans la société camerounaise à ce qui arrive à l’autre en mal comme en bien d’ailleurs ! Il est difficile d’être un peuple si nous ne construisons pas les ponts des émotions communes. Le second déficit dans cette affaire est dans la dictature qui règne en maitresse au Cameroun, les dictatures n’aiment pas qu’on parle d’elles et la résistance de mademoiselle Tchatchou a braqué des projecteurs sur le Cameroun, les médias internationaux s’y sont intéressés et le pouvoir au lieu de faire la lumière a passé plus de temps à nous mettre en cellule et à nous taper dessus. Il y a enfin et ce n’est pas le moindre des déficits, il y a dans notre pays un manque de communication entre les différents groupes ethniques et beaucoup travaillent pour qu’il en soit toujours ainsi. C’est ce qu’ils appellent le tribalisme. Mais si vous écartez tout ceci, l’Affaire Vanessa Tchatchou n’est point un échec dans la mesure où les procédures judiciaires sont en cours, elles confirmeront ce que nous disons depuis bientôt un an. Que les photos du bébé qui est chez la magistrate sont entre les mains des autorités camerounaises, que le collectif Rendons-lui son bébé a procédé à des tests ADN et que les résultats ont été données à chacune des parties impliquées dans cette affaire - que le procès ouvert contre nous traine parce que le pouvoir hésite à nous juger ou à nous mettre en prison – c’est la preuve que cette affaire connaitra un dénouement mais nous ne pouvons pas vous dire quand parce que ce n’est pas de notre compétence.
12. Face à Face : Quel est le bilan positif de « l’Affaire Vanessa » ?
 
Le bébé de Vanessa est en vie et tout le Cameroun le sait, cette affaire a aussi fait naitre par notre action ce que j’appelle un élan de « nous-commun » qui a réussi a briser toutes les frontières construites par le pouvoir en place au Cameroun mais aussi par les groupes qui n’ont rien à voir avec les valeurs de la République. A partir de la résistance d’une petite fille, tout est devenu possible. Nous ne devons donc pas faire tomber cette émotion commune. Il n’y a pas eu ces 40 dernières années un tel élan de compassion et de générosité autour d’un drame au Cameroun; toutes les barrières ont été brisées, les camerounais ont su transcender les barrières artificielles qui ont été dressées entre eux par ceux et celles qui savent lire et écrire mais dont l’objectif final est de maintenir la majorité dans l’ignorance.
13. Face à Face : Dr Vincent Fouda, vous avez adressé une lettre au Président de Cameroun, son excellence Paul Biya, pour qu’il libère certains prisonniers politiques. Quelles sont les vraies raisons de cette lettre ? Pourquoi doit-on libérer ceux qui ont volé assez d’argent des contribuables camerounais ?
 
Il n’y a pas autre chose derrière cette lettre en dehors de ce qu’elle dit. Le pays est dans l’impasse, de tous les côtés des voix s’élèvent pour le dire tant du côté du pouvoir que de certains leaders politiques, Albert Ndzogang de la Dynamique pour la Renaissance Nationale, Robert Mouthé Ambassa du comité central du parti des flammes, l’Eglise catholique n’est pas en reste. Nous avons sous les yeux une déclaration du Président du Conseil National de la Communication par ailleurs évêque de Kribi qui dit que : « les évêques pensent que ceux qui se sont rendus coupables de détournement doivent rembourser, car l’emprisonnement ne fait pas revenir l’argent dans les caisses de l’Etat ». Cette position de l’ordinaire de Kribi est réaffirmée le 27 juillet 2011 dans le journal Mutation par l’archevêque de Bertoua et non moins Président de la Conférence des Evêques du Cameroun Mgr Joseph Atanga. Ce qui est peut-être nouveau dans ce que nous disons c’est que nous nous adressons directement au Chef de l’Etat et nous lui demandons de se mettre au-dessus des querelles individuelles parce qu’il doit assurer la stabilité du pays, c’est l’un des mandats qu’il tient du peuple souverain. Nous lui faisons aussi des propositions pour une sortie de crise notamment qu’il exige, lui et non la justice camerounaise, que ceux qui sont coupables de détournement remboursent 75% des sommes querellées, qu’ils soient exclus pendant 25 ans de la gestion de la fortune publique et soient aussi éloignés des activités politiques pendant une durée de 25 ans. Ce ne sera que justice.
Voilà le message que nous avons transmis au Chef de l’Etat. Depuis cette lettre a été transformée en pétition :


Lien de la pétition

C’est la preuve si besoin est que l’idée est portée par de nombreux camerounais épris à la fois de justice mais aussi de stabilité pour un avenir commun dans un Etat-Nation qui se construit sans cesse.
14. Face à Face : Et votre lettre aux évêques ? Qu’elle est la motivation tout en sachant que certaines autorités religieuses sont elles-mêmes impliquées au problème d’homosexualité ?
 
Elle est la suite logique de la lettre que nous avons adressée au Chef de l’Etat. Dans la tradition de l’Eglise catholique romaine chaque évêque était tenu d’adresser une lettre aux chrétiens de son diocèse, cette tradition s’est un peu perdue. Nous avons voulu dans cette correspondance en sept paragraphes où nous nous inspirons des 7 plaies de Jésus, nous avons voulu rappeler aux Evêques du Cameroun que ce pays a été confié à Marie Reine des apôtres que l’on a besoin de leur parole. La famille n’est plus seulement en danger, elle est mise à mort par des pratiques de soumission sexuelle. Toutes ces pratiques que nous connaissons et que beaucoup d’entre nous ont expérimentées dans leur chair et dans leur âme sont contraires à l’exhortation apostolique post-synodale.

Si vous permettez, nous dirons tout simplement ceci: ''nous avons envers l’Eglise et ses pasteurs une attente légitime, que l’homme et la femme soient le socle de cette Eglise-Famille dans la fidélité et la tendresse, particulièrement dans les moments douloureux. Il n’est pas normal que les pouvoirs publics asservissent sexuellement ou affectivement un des membres d’un couple voire les deux, pour lui donner un travail voire pour mériter un salaire ! Monseigneur travaillez pour que l’engagement des époux l’un envers l’autre et envers leurs enfants soient un signe de la fidélité de l’amour.'' Nous avons besoin de ces pasteurs, de leur parole pour aider à poser les fondements d’une nouvelle société camerounaise. Nous sommes heureux que certains évêques aient tenu compte de cette lettre dans les différents sermons du 15 août.
15. Face à Face : L’Afrique est-elle perdue si l’homosexualité est totalement permise ?
 
Non, nous ne nous prononcerons pas sur le continent africain, l’homosexualité est contraire à l’éthique de vie dominante dans la société camerounaise, dans ses traditions comme dans ses valeurs. Il est légitime que les adeptes de ces pratiques entendent cette volonté majoritaire. Ce qui tue notre pays c’est plus les pratiques de soumission parce qu’elles sont imposées aux hommes et aux femmes contre leur conscience. Voilà où est la complaisance de nos autorités et de nos hommes d’Eglise parce qu’ils le savent. Le discours sur l’homosexualité aussi abject soit-il masque un problème plus profond qui est celui que nous venons d’évoquer.
[Suite de l'entretien]

Face à Face : Si je tiens compte de « l’Affaire Vanessa » et de tous vos efforts pour apporter un changement au Cameroun, êtes-vous l’homme du temps dans ce pays ?

Nous faisons simplement notre devoir, nous faisons des propositions, nous sillonnons le Cameroun, nous avons des échanges vrais avec les populations. Notre pays a besoin de toutes ces expertises pour se construire. Pendant très longtemps nous avons voulu appliquer à notre pays des solutions qui ont été trouvées pour des problèmes d’autres sociétés. Aujourd’hui il est urgent que les camerounais et le Cameroun identifient leurs problèmes et ensuite que des solutions soient trouvées pour ces problèmes spécifiques comme l’Inde ou encore l’Indonésie le font. Comment expliquez-vous que nous soyons l’un des rares hommes politiques aujourd’hui à être partout ? Nous venons de lancer une pétition pour lutter contre le cumul des fonctions ! Au Cameroun il y a une petite caste de 200 personnes tout au plus et chacune de ces personnes occupe entre 2 et 3 postes de salariés. Ceci à tous les niveaux vous avez parmi eux des hommes de Dieu, des hauts fonctionnaires des hommes en tenue !

Liens de la pétition

Notre objectif est de voir les camerounais prendre conscience que cette pratique est contraire à l’éthique républicaine.

Face à Face : Dr Vincent Fouda, positionnez-vous sur la poussée des ressentiments ethniques au Cameroun…

Nous sommes camerounais et nous devons aider les populations qui vivent au Cameroun à se connaitre. Pour nous il n’y a que deux ethnies au Cameroun, celle des riches et celle des pauvres. Nous l’avions déjà dit ici chez vous, nous le réaffirmons aujourd’hui même après les problèmes de la faculté de sciences sociales de l’Université Catholique d’Afrique Centrale au Cameroun. Le discours sur l’ethnie est une construction artificielle de la haine par ceux qui savent lire et écrire.

Face à Face : Quelle est votre attitude vis-à-vis de Marafa, Shanda Tonme et Maurice Kamto ? Vos rivaux de demain ?

Ce ne sont pas nos rivaux, nous connaissons ces personnaités, le Ministre Marafa Hamidou Yaya nous a appelé après un débat sur l’opération épervier animé par Polycarpe Essomba sur Equinox TV, le Professeur Maurice Kamto nous l’avons rencontré depuis sa sortie du gouvernement ainsi que le président de son parti Alain Fogué qui est un collègue et un ami. Nous avons parlé sans tabou de la situation politique du Cameroun. Mr Shanda Tonme est présent dans beaucoup de combats et a des engagements que nous avons toujours des difficultés à cerner. L’affaire Vanessa nous a permis de nous retrouver et nous pensons que c’est aussi cela le Cameroun.

Face à Face : Avez-vous un mot à dire sur le bilan des grandes ambitions du RDPC ?

Avec le parti des flammes tout brûle, le Cameroun est le pays le plus riche d’Afrique centrale avec la population la plus pauvre. La perversion est le mode de gouvernance par excellence de ce régime. Quels que soient les hommes qui viendront après, il sera difficile de faire pire à moins que ce ne soit une continuité. C’est au peuple de choisir comme nous chantions autre fois « les temps sont durs, il faut choisir victoire ou défaite, ça dépend de nous, ça dépend de vous, ça dépend de nous tous » ! Vivement l’avènement de la deuxième république, le RDPC s’est donné beaucoup de temps pour décortiquer, déstructurer tout ce qui a été fait par le Président Ahmadou Ahidjo et dans lequel il y avait du positif ! Maintenant nous devons éviter de faire ce que le RDPC a fait en pensant qu’il n’y a rien de bon. Voilà pourquoi la succession du parti des flammes doit être laissée au peuple et non à ceux qui veulent le pouvoir pour le pouvoir ou à d’autres fins que servir le peuple, construire les Institutions. Le peuple camerounais souffre énormément et nous pouvons collectivement mettre un terme à ces souffrances en faisant des efforts pour une juste répartition de ce que nous avons comme richesses. Il faut également tenir compte des problèmes fonciers et domaniaux dans notre pays tout comme les droits de succession.

Face à Face : Votre appel aux citoyens camerounais pour libérer ce pays d’une bonne partie de ses problèmes…

Le Cameroun n’est pas encore une Nation. Il lui faut donc des Institutions simples et crédibles, lisibles et compréhensibles pour une majeure partie de la population à défaut d’englober tous nos concitoyens. Etre citoyen se construit aussi, il me semble que depuis 1982 il n’y a pas eu beaucoup d’efforts de ce côté. Le Cameroun a été privatisé comme nation et comme regroupement des peuples; le clan qui nous dirige n’a rien d’une appartenance à un territoire donné surtout pas à celui qu’il dirige. Voilà pourquoi nous appelons les Camerounais à un sursaut d’honneur en premier pour eux-mêmes parce que nous sommes persuadés que s’ils le font pour eux, les résultats rejailliront sur l’ensemble des peuples qui vivent au Cameroun.

Face à Face : Pourquoi critiquez-vous les médias camerounais ?

Beaucoup de médias ne font pas le travail d’in-formation et de communication que l’on attend d’eux dans un pays comme le nôtre. Francis Bebey faisait déjà ce constat dans les années 70. Depuis l’arrivée au pouvoir du Président Biya nous avons reculé de plusieurs decennies. Mais nous devons cependant saluer les efforts qui sont faits avec des moyens modiques. Les journaux en ligne ont un rôle important à jouer dans la formation d’un véritable espace public dans notre pays au sens où l’entend et le définit Jürgen Habermas c'est-à-dire un espace abstrait avec des interactions qui eux sont réelles. Ce que nous voulons dire c’est que par exemple avec les réseaux sociaux les gens sont en contact mais il est difficile de les situer dans l’espace et ils posent des actions concrètes comme aider à payer 400 000 pour sortir une fille de la maternité de l’Hôpital Gynéco-Obstétrique de Ngousso parce qu’elle y est retenue, c’est monter un collectif comme LCCLC (Le Cameroun C’est le Cameroun) ou le collectif Rendons-Lui son bébé (RLSBB).

Face à Face : Dr Vincent Fouda, merci pour cet entretien. Vous avez le dernier mot…

Le Cameroun a besoin d’un Plan Marshall patriotique. Si nous ne montrons pas un attachement vrai à ce pays, si le peuple n’accompagne pas les efforts des acteurs politiques, demain nous nous réveillerons tous dans un autre monde en nous disant : j’aurai pu faire quelque chose et je ne l’ai pas fait ! Alors que chacun se mette en mouvement et ce pays sera debout!
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