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Sortir du folklore en médiocratie
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par Dr Vincent-Sosthène FOUDA
Les médiocres règnent en maîtres dans la société camerounaise, ils se reproduisent aussi beaucoup. Et c’est peu de le dire, il faut le vivre.
     Date de publication: 27-03-2016   21:39:27
Dans tous les domaines, dans tous les secteurs d’activité du triangle national, la médiocrité règne. Sur le plan de la culture où un abruti produit un son ni moderne ni sauvage sera considéré comme un génie, crachant ainsi sur le talent de véritables artistes tels Richard Bona, Mekongo Président… Sur le plan sportif, où l’argent et la triche ont remplacé allègrement la recherche gratuite de l’honneur et du dépassement de soi, sur le plan social où la beaufitude et la négligence sont des valeurs refuge, sur le plan économique, où les parfaits imbéciles keynésiens pullulent et infectent nos décideurs, vide le Cameroun de sa substance de génie; les caisses sont vides, le panier de la ménagère transparent. Sur le plan politique justement, où nos pseudos élites n’ont pour seule ambition que de se maintenir au pouvoir et ce par tous les moyens, à la matraque ou à la baïonnette, devant une foule en délire, vulgaire, ou mise au pas...

Sur le plan sociétal, où la licence remplace la liberté, tournant le dos à des siècles de civilisation. Sur le plan éthique, où l’hédonisme fait figure de norme et l’effort de repoussoir. Une voix, celle d’Achille Mbembé, l’historien banni de la République de l’obscénité nous décrit le triomphe des politiques de l’inimitié (Achille Mbembe, Politiques de l’inimitié, édition La découverte, Paris, 2016, 179P). Achille Mbembe nous invite à nous interroger sur nous nous-mêmes, sur les rapports entre la violence et la loi quand nous savons que la violence est érigée en norme, oui et la norme même est érigée en exception. Nous sommes sortis manifester notre non à la déshumanisation de la société camerounaise sur le cas Koumateké mais nous l’avons plus déshumanisé en brandissant sa dépouille comme un trophée de guerre, comme le colon posant devant les têtes coupées des colonisés, comme Walter Palmer ce dentiste américain posant devant le cadavre de Cecil le lion à la crinière noire du Zimbabwe.

Mais le pire de la médiocrité, c’est l’absence totale de conscience de cette médiocrité métastatique. Personne n’a en effet l’air conscient de cette situation catastrophique dans laquelle nous nous trouvons. Il faut dire que le niveau de l’enseignement – autre temple de la médiocratie – est scandaleusement bas, inefficace, abrutissant. Les médecins paupérisés dès la faculté de médecine sont transformés en commerciaux quand ils n’en sont pas réduits à se prostituer. Nous sommes à un (01) médecin pour 1000 dans un pays très pauvre et très endetté ! Des milliers de médecins camerounais font pourtant de beaux jours dans les pays voisins !

Oui, le Cameroun est devenu cette société où le divertissement crétin tient lieu de spiritualité, il n’y a personne pour faire l’effort de sortir de la caverne ; nos contemporains préféreront toujours l’indifférence des ombres à la lumière de la vérité. Un cadre de banque meurt ; Nazaire Fotso Ndefo, le patient est accueilli dans le service d’urgence comme un client et non comme un patient dont la vie est en danger, que la course contre la montre est lancée ! On réclame des sous, on pinaille sur un bout de papier appelé prise en charge, on regarde l’homme avaler sa langue puis son acte de naissance, on vous pointe la morgue le meilleur service de nos hôpitaux publics au Cameroun. En un mot comme en cent, notre société est devenue un cloaque immonde qui n’est attiré que par la bassesse et ce d’autant plus que cette attirance pour les bas-fonds revêt les ornements du plaisir fallacieux ! Pour le dire autrement, le beau, le bon, le bien, le vrai sont remplacés par cette saloperie de ‘fun’, de ‘in’, de ‘cool’. Sur les réseaux sociaux, filles et fils de barrons font la fête, font des envieux, donnent des envies, attirent par un vocabulaire des plus obscènes, la fille couche avec le père, déclasse sa mère et donne une fille au père ! Tout le monde est satisfait. Les prisonniers de luxe font les yeux doux à leurs geôliers, des ministres en poste narguent ceux qui sont en prison, les morts d’une catastrophe aérienne indemnisés par les sud-africains sont invités à se décomposer dans les profondeurs des émanations sépulcrales qui n’émeuvent et n’étouffent personne.

Mais comment donc en est-on arrivé là ?

Mon facteur explicatif, sous forme de constat : notre société actuelle est dirigée par la génération Novembre 1982, ce cancer de l’esprit et de la politique qui a érigé comme ennemi – « Ahmadou Ahidjo et ses nombreux crimes » et « l’UPC et ses maquisards » – comme norme sociale, politique et culturelle. La chienlit des violeurs et voleurs de l’avenir de nombreuses générations de camerounais et tout ce qui en résulte jusqu’à nos jours tient là son origine. Mais d’où vient la maxime « Ahmadou Ahidjo et ses nombreux crimes » ? Nous sommes pourtant toujours sous la coupe de la première république n’en déplaise à mes collègues Stéphane Akoa et dans une moindre mesure Mathias-Eric Owona Nguini. C’est le régime qui a succédé à André Marie Mbida en 1958 qui est toujours aux affaires, avec les mêmes, Paul Biya et son mentor d’hier Eteki Mboumoua même en couche-culotte à la Croix Rouge camerounaise, Ousmane Mey même mort, Hamadou Moustapha, René Zé Nguélé, Mbarga Nguélé, Amadou Ali, Cavaye Yégué Djibril, Hilarion Eton, Ndongo Essomba, Marcel Niat Njifenji, Muna, Mbombo Njoya etc… C’est le cercle des 67 familles qui dirigent le Cameroun avec des seconds couteaux. Ils ont bâti une société de divertissement, de prostitution, de rejet de l’effort. Les tenants du pouvoir de la médiocratie pensent et imposent le fait que « rien n’existe en dehors de soi-même ».

Mais en vérité, qu’est-ce que le RDPC qui fête aujourd’hui un anniversaire que personne n’ose avouer car l’acte de naissance est le « Koumba authentique » ? que même le Bunec - Bureau national de l’Etat-civil - n’arrive pas à qualifier de faux ! Oui qu’est-ce que ce parti si ce n’est l’Union Camerounaise créé en 1958 par Ahmadou Ahidjo ? Qu’est-ce que ce parti qui n’a point de bureau national comme tous les autres partis de l’espace politique et social de notre pays ? Oui voilà donc un parti qui n’a de national que son président dit national, un parti dont le secrétaire général est nommé par le président dit national (article 19). Lisons à ce propos l’article 23 dudit parti : « Le Comité Central est l’organe chargé d’assurer la direction du Parti. Il est responsable devant le Congrès. Il est présidé par le Président National. Ce dernier est assisté de quatre Vices Présidents élus en son sein au scrutin de liste. » La liste des incongruités au cœur du système gouvernant est longue et s’y attarder serait faire son éloge, l’évoquer substantiellement ici permet de découvrir comment l’on recrute en médiocratie.

La bureaucratie de la médiocratie camerounaise

Comme toutes les médiocraties qui nous entourent, le RDPC et le système gouvernant au Cameroun sont touchés par ce que Michel Crozier nommait le « phénomène bureaucratique ». Le RDPC par sa taille (seul parti à jouir de l’implantation nationale car se confondant au corps de fonctionnaires et de ses auxiliaires). Ils sont appelés à se structurer, à centraliser les décisions, à spécialiser les attributions d’où la nécessité de recruter les seconds couteaux, qui sont souvent des amis de la famille, beaux-fils, gendres, belles-filles comme nous l’avons démontré à suffisance dans le drame de l’hôpital de Laquintinie. Le Dr Jean II Dissongo n’est-il pas le gendre du professeur Gottlieb Lobe Monekosso, une icône de la médecine au Cameroun et surtout un membre du cercle des 67, lui le parrain de Ntoné Ntoné ancien directeur de Laquintinie aujourd’hui délégué du gouvernement de la capitale économique, lui le tout premier directeur du CUSS, lui l’ancien ministre de la santé, lui le parrain de Peter Ndumbe Martins qui engloutit autrefois des milliards au CUSS pour construire un centre de recherche sur le SIDA ! Alors oui, il ne faut point livrer un de leur membre d’où la fébrilité dans la communication gouvernementale. Surtout il n’est pas le seul dans ce cas, la liste des beaux-fils aujoud’hui membres du gouvernement est plus longue qu’un bras. Le ministre Hamadjoda Adjoudji à l’élevage et la pêche n’a-t-il pas cédé lui aussi son strapontin à son gendre le Dr Taiga. Sauf qu’ici, au sein de la médiocratie gouvernante on ne recrute pas les meilleurs, les médecins après 7 ans d’études se retrouvent nantis par l’opération des parrains dotés aussi de diplômes de management. Personne aujourd’hui ne peut dire comment et par quelle alchimie Dissongo s’est retrouvé à la tête d’un hôpital comme laquintinie lui le parfait nullard de la faculté de médecine de Yaoundé, lui qui n’a pas pu faire une année au Bénin pour étudier la santé publique ! Lui dont les mains aujourd’hui sont rouges de sang, le sang des innocents, lui qui est défendu par toute la médiocratie gouvernante aujourd’hui. Il faut avoir le courage de le dire car comme le souligne Aung San Suu Kyi dans Se libérer de la peur (1991) « Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime. » Oui nous vivons dans la peur, nous sommes terrorisés mais nous sommes les plus nombreux. Le lobbying sector du RDPC est médiocre. Il a dans ses gènes des chromosomes corrompus qui ne peuvent que niveler notre société par le bas. La preuve nous l’avons chaque jour, Vanessa Tchatchou, la petite Eva, Koumateke Monique, Nazaire Fotso, « ma yi lang me ke koui vé ? » dit un adage Ekang ? La médiocrité en médiocratie se multiplie par scissiparité, une consanguinité anesthésiante pour le développement de notre société.

La décadence programmée

Regardons notre pays, analysons le, Tout ce qui est caractéristique de notre médiocratie s’y trouve : Enfermement des médias pour imposer la pensée unique, la fête en permanence y compris sur les dépouilles humiliées, refus permanent du débat public pour imposer la dictature de la non-pensée. L’homme est privé d’eau et d’électricité pour le réduire à sa plus simple expression, pour n’être plus qu’humiliation ! Le domicile de Monique Koumateke n’est pas différent de celui de la footballeuse Gaëlle Enganamouit découvert dans un reportage de canal2 signé Arley Debeau Andebé. Oui on a véritablement du mal à penser qu’on puisse copuler dedans, qu’on puisse s’y reproduire, Zola aurait honte avec ses Rougon-Macquart. La médiocratie nous dit, « qui n’est pas avec nous est retrograde » c’est cela la génération androïde dont parle le chef de l’Etat, sans eaux, sans papier hygiénique, sans soupe, sans eaux, sans de quoi se soigner

Car oui, je le dis avec force : la médiocratie est un construit du Renouveau, de Pour le libéralisme communautaire. La médiocratie gouvernante veut transformer l’homme par la contrainte, par l’abrutissement, par l’humiliation. Au regard des résultats actuels, elle y est arrivée. Nos parents ont transpiré pour nous envoyer à l’école, pour nous inculquer des valeurs, l’esprit de grandeur, de gloire, le sens de l’histoire, eux, ils nous ont avilis, abaissés, ils nous ont rétrogradés. Notre ambition doit se limiter à mesurer l’applaudimètre de la bouffonnerie régnante devant MTN, devant « Eto’o peut tout » sans dire même le pire ! Jean-Pierre Bekolo le cinéaste s’est exilé, Richard Bona est canardé tous les jours, Achille Mbembé déshabillé, pour nous faire avaler les divertissements bêtifiants et lénifiants où putains, sportifs drogués, ministres efféminés en mal d’amour sont adulés ! Dieu est tourné au ridicule, dans nos quartiers les haut-parleurs déversent des versets sataniques à la théologie exotique et d’une philosophie qui n’a plus rien à voir avec la civilisation… En tuant Dieu, ils ont tué toute figure tutélaire du père et toute légitimité de la liberté véritable. Si on est optimiste de nature, il y a de quoi être objectivement pessimiste, face à ce constat, car aucun décideur n’aura jamais le courage de poser ce constat publiquement et d’en tirer la seule conséquence qui s’impose : abandonner une fois pour toute la route de la médiocrité, comme Hayek parlait de route vers la servitude, la servitude au pied de la médiocratie gouvernante. Est-il si difficile de se vouloir réellement libre ? L’attrait de la facilité puérile et de la fête permanente est-il vraiment plus fort que l’appel du grand large ? Oh, je sais qu’en tenant ces propos, on me traitera de réactionnaire, mais tant mieux : car, face à cette « médiocratie » avilissante, je préfère réagir et opter pour la vraie liberté, celle de nos ancêtres, celle qui se nourrit d’efforts et de grandeur et pas celle, fallacieuse. Achille Mbembe en convoquant Fanon dit que ce dernier considérait « le geste soignant comme une pratique de re-symbololisation dans laquelle se jouait toujours la possibilité de la réciprocité et de la mutualité (la rencontre authentique avec d’autres). Au colonisé qui refusait d’être castré, il conseilla de tourner le dos à l’Europe, c’est-à-dire de commencer par soi-même, de se tenir debout, hors des catégories qui le maintenaient courbé. La difficulté n’était pas seulement d’avoir été assigné à une race, mais d’avoir intériorisé les termes de cette assignation ; d’en être arrivé à désirer la castration et à s’en faire le complice. Car la fiction que l’Autre avait fabriquée à son sujet, tout ou presque tout incitait le colonisé à l’habiter comme sa peau et sa vérité. »(op.cit. p.12).

Nous devons nous libérer de ces chaînes d’un autre siècle, et le plus tôt serait le mieux !
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