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Le patriotisme ekang face à la dérive ethniciste au Cameroun. Entretien avec Dr Thierry Amougou
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© Maurice Ze pour le Mouvement Nkul Beti
Nous avons le devoir de contrôler les ressentiments ethniques afin qu’ils n’aboutissent pas à des conflits sanglants. Il est donc question de définir des mécanismes nouveaux pour empêcher la poussée de ces ressentiments et surtout redonner la vitalité au Cameroun : un Cameroun compétitif donnant plus de chances à chacun.
     Date de publication: 01-04-2012   20:05:58
Notre cher pays le Cameroun subit en ce moment un vent de ressentiments ethniques que nous qualifions comme une conséquence directe de la méconnaissance depuis des décennies d’un problème de cohabitation entre les différents peuples de ce pays. Des personnalités politiques et des intellectuels participent à un débat « obscur » sur le tribalisme en évitant de discuter objectivement sur les différentes possibilités à contourner le bain de sang qui a eu lieu dans d’autres pays africains. Au cœur de cette apocalypse qui règne sur notre pays, quelle voie devrait choisir le peuple ekang afin de mieux se préparer pour le « Cameroun de Demain » ? Devons-nous argumenter de la même manière que ces hommes et femmes avertis qui instrumentalisent l’opinion et animent le débat avec des thèses provoquant ou accentuant directement la haine entre les différentes ethnies camerounaises ? Le peuple ekang doit-il opter pour un chemin que nous appelons : « booster son excellence » ?
Afin de trouver des réponses à ces questions, le coordinateur du Mouvement Nkul Beti a interrogé Dr Thierry Amougou, président de la fondation Moumié.

[1] Dr Thierry Amougou, à travers votre publication de cette semaine sur « Les Camerounais et la dérive ethniciste », vous soulignez : « Notre pays n’a donc pas un problème ethnique et/ ou tribal, mais un problème politique à résoudre politiquement par des politiques publiques justes et équitables parce que républicaines ». Si vous me permettez, j’ai l’impression que votre message ici ignore les difficultés que les Camerounais de différentes cultures vivent entre eux et les problèmes de cohabitation. Nous avons des problèmes interculturels faisant naître des ressentiments ethniques au Cameroun ou ne l’avons pas ?

Déjà bonjour à tous et à toutes. Je vous remercie de me donner, via cette interview, l’opportunité de préciser encore le message de mon article.

Je ne sais pas si vous parlez du même Cameroun que je connais et où j’ai grandi de l’école primaire à l’université. Le Cameroun compte plus de 250 ethnies (si on accepte la définition coloniale de l’ethnie). L’incompatibilité entre leurs micro-cultures serait si grave et insurmontable que ces 250 ethnies ne seraient plus ensemble depuis longtemps. A titre d’exemple, j’ai fréquenté et grandi avec des Bamiléké, des Bassa et des Duala etc. Ceux-ci venaient même parfois passer des vacances dans mon village à Ngoulémakong au Sud du Cameroun. Nous passions midi ensemble au Lycée Général Leclerc et travaillions en équipe nos exercices de mathématiques, de physiques ou de chimie sans entendre parler d’ethnies mais de travail et uniquement de travail. Le Week-end nous travaillions et mangions encore ensemble soit chez moi, soit chez eux. Ceci pour vous dire que toutes les ethnies qui composent le Cameroun vivent indifféremment dans toutes les parties du Cameroun sans qu’elles ne se fassent la guerre comme vous l’insinuez. Il en serait autrement qu’on aurait déjà la guerre partout depuis toujours. Ce n’est pas le cas et c’est loin de l’être car le problème qui se pose au Cameroun n’est pas un problème ethnique. C’est ce que j’appelle une crise sociale et crise civique sous la forme d’un Cameroun des riches tout-puissants accumulant de façon illicite et un Cameroun des pauvres à la merci des premiers. C’est cela le problème politique à résoudre par des politiques publiques justes. S’il y a un jour une conflit au Cameroun sa cause ne sera pas ethnique mais la fracture sociale entre riches et pauvres.

Ceci dit, si vous lisez bien mon article, vous verrez que je ne nie pas du tout l’existence de sentiments communautaires basés sur des identités ethno-raciales et ethno-territoriales infra étatiques. Je reconnais leur existence. La différence entre moi et les autres est que ces différences sont une richesse pour notre pays et non une barrière insurmontable à la construction de l’Etat camerounais. Ces différences sont aussi un mini laboratoire pour le projet panafricain auquel nous devons tout de suite dire Adieu si la moindre divergence entre une ethnie et une autre devient le mobile pour baisser les bras dans construction de l’Etat. Ceux qui ont bien lu mon article ont sûrement intégré le fait que je recommande d’utiliser la lecture positive du paradigme du pays organisateur (certains problèmes réels et inévitables de cohabitation) pour continuer à perfectionner le projet républicain qui nous tient ensemble (la lecture normative). Même dans une famille où les frères et les sœurs sont du même sang, il y a des conflits et même des micro-cultures différentes qui naissent entre ses membres. Allez-vous baisser les bras et dire que la vie en famille est désormais impossible parce que des frictions naissent entre vos enfants, vos frères et vos sœurs ? Dire que ce sont les valeurs de solidarité, de partage et de tolérance au sein de la famille qui sont plus utiles que les micro identités conflictuelles est-il une façon de nier la réalité du conflit ou de le régler par une solution qui continue de tenir la famille ensemble ? Répondez à cette question et vous verrez que la gestion d’une famille est la même que celle de l’Etat car l’Etat n’est rien d’autre qu’une grande famille où les frères et les sœurs sont des citoyens pouvant avoir des frictions entre eux sans que leur destins cesse d’être lié au sein de la grande famille.

[2] Vous parlez « d’un seul peuple, une même citoyenneté et un territoire commun ». N’est-il pas temps « d’appeler le chien par son nom » ? Le Cameroun est composé de différentes ethnies avec des habitudes culturelles différentes. Selon vous, comment se présente ce seul peuple du Cameroun ?

J’ai l’impression que vous avez une approche assez erronée de ce qu’on appelle un peuple. Un peuple n’est pas une composante homogène ou mono ethnique. Le peuple Allemand est-il homogène ? qu’est devenu le projet qui a voulu le rendre homogène ? Le peuple américain est-il homogène ? Le peuple belge est-il homogène ? La réponse à cette question est non pour tous les Etats du monde car ce qu’on appelle conceptuellement un peuple est réellement disparate dans sa structure démographique, dans sa structure ethnique, dans sa structure politique, dans sa structure culturelle, dans sa structure sociale, linguistique et même dans sa structure mentale. Le peuple n’est donc homogène que de façon conceptuelle et symbolique. Il ne l’est pas et ne l’a jamais été de façon réelle. Il faut donc savoir que ce qu’on appelle le peuple camerounais n’est pas une sommes des ces structures disparates, mais tout simplement tous les citoyens soumis à l’autorité d’un seul Etat, l’Etat camerounais. Encore une fois, je vous invite à constater que c’est la soumission des Camerounais à l’autorité de l’Etat qui fait exister un peuple camerounais homogène quoiqu’il soit composé de différentes ethnies. Et toute l’importance du projet étatique se trouve-là. Comme le dirait un Anglo-Saxon, the state is the glue that links us together. Et un Etat démocratique a le monopole de la violence légitime sur tous ceux qui ne veulent pas domestiquer leurs pulsions de mort au sein de la société.

[3] Après avoir lu votre publication, je me suis dit : voilà un intellectuel averti qui a peur de l’apocalypse qui règne sur le Cameroun. En tenant compte des tensions tribales, nous avons déjà dit que le Cameroun est une bombe à retardement. Bien que des « intellectuels faussaires et criminels » plongent le pays dans un débat obscur, n’est-il pas l’heure de réorganiser le vrai débat sur les problèmes interculturels au Cameroun ? Moi je dirais que le Rdpciste Charles Ateba Eyene, le Pr. Mouangué Kobila, le Dr. Jean-Claude Shanda Ntomne et autres nous illuminent en nous montrant qu’il faut repenser l’architecture administrative et institutionnelle du Cameroun. Quel est votre point de vue ?

Si l’illumination intellectuelle c’est avoir des analyses de courte vue et inciter à la haine tribale, alors le pays est très mal partie avec de telles argumentations. Si c’est cela l’illumination intellectuelle alors le Cameroun a ses pires moments devant lui et non derrière comme les générations futures peuvent l’espérer. Quoiqu’une chance non négligeable persiste de bâtir ce pays si nous restons au niveau des analyses illuminées, l’illumination étant, de façon historique, plus du domaine des inepties que de la réalité.

Je n’ai lu nulle part la moindre idée des gens cités sur l’organisation administrative et institutionnelle du pays. Charles Ateba Eyene se plaint parce que le peuple du Sud « ne mange pas » alors qu’il devrait manger un de ces fils étant au pouvoir depuis trente ans. Le Pr. Mouangué Kobila défend les droits des autochtones Duala quand le Dr. Shanda menace et défend les droits naturels de l’ethnie selon lui majoritaire : les Bamiléké. Je ne vois aucune solution dans ces postures mais uniquement ce que j’appelle du populisme ethnique dont le but est de tirer la rente politique de l’ethnie pour se positionner politiquement dans une conception rétrograde de l’Etat-nation et du projet républicain.

[4] On m’a toujours reproché d’avoir initié un mouvement avec des allures du tribalisme. Selon vous, pourquoi un Bamiléké ou un Foulbé ne devrait pas considérer le Mouvement NkulBeti comme une dérive ethniciste ?

Tout simplement parce que dans mon entendement, les identités ethno-raciales et ethno-territoriales sont une richesse pour notre pays. Et les mouvements qui exaltent et promeuvent ces richesses nationales renforcent le potentiel culturel, économique et pratique de l’Afrique en miniature qu’est le Cameroun. Tant que ces mouvements n’ont pas pour but de stigmatiser les autres ethnies pour dire que l’enfer du Cameroun c’est elles, ils sont de grands atouts pour le pays tout entier dont ils représentent le dynamisme et la richesse culturelle.

[5] A mon avis la notion de l’Etat-nation au Cameroun a échoué. C’est l’une des raisons pour laquelle on observe la poussée d’une dérive ethniciste. Dr Thierry Amougou, pourquoi prôner l’Etat-nation alors que les peuples qui font cet Etat-nation ont des problèmes de cohabitation dus aux données culturelles ? Pourquoi favoriser le développement global du Cameroun alors que localement aucune structure solide soutenant cette approche globale n’a été mise sur pied ?

L’Etat-nation n’est pas seulement une notion mais surtout un projet historico-politique qui se construit de façon volontariste et en très très longue période. Non seulement les Etats africains dont le Cameroun sont très jeunes (à peine 50 ans d’âge), mais aussi c’est à ces Etats qu’incombent la noble tâche de construire la Nation et non le contraire. Il est donc incorrect de dire que l’Etat-nation a échoué au Cameroun car cinquante ans d’âge c’est absolument rien du tout dans la construction de l’Etat. Par ailleurs, encore une fois, je vous invite à comparer la vie au sein de l’Etat à la vie au sein d’une famille. Ce n’est pas parce qu’il y a une bagarre ou des frictions entre les membres d’une famille que ladite famille est un échec. C’est même très souvent la preuve que la famille vit et tient encore à vivre ensemble car quand on ne veut plus vivre ensemble, on ne s’occupe même plus de l’autre et on ne bagarre plus.

En conséquence, les thèses défendues par Charles Ateba Eyene, le Dr. Shanda Ntomne et le Pr. Mouangué Kobila sont, autant que leurs auteurs, les signes que ceux qui ont eu pour tâche de bâtir la République depuis 1960 n’ont pas fait leur travail. Ce n’est pas parce qu’un beau et merveilleux projet a été mal conduit par des gens médiocres qu’il cesse d’être un beau et merveilleux projet. Il le reste à condition de changer ceux qui le portent, les instruments et la façon de les agencer, c’est-à-dire changer de politique. C’est pourquoi je parle de politique républicaine. Celle-ci ne nie pas les particularités mais son rôle est de toujours renforcer ce qui nous tient ensemble en perfectionnant le projet républicain.

[6] Que pensez-vous de la décentralisation totale du Cameroun ?

Je pense qu’une décentralisation républicaine, c'est-à-dire qui permet de rendre l’Etat plus efficient et plus efficace pour le développement de tous, est un moyen de développer encore mieux les richesses nationales que sont les identités ethno-raciales et ethno- territoriales. C’est aussi un moyen de transformer l’administration en facteur de production efficace par sa décongestion.

[7] Dans le cadre de la mobilisation des ekang, je dis dans un article : « Faut-il rêver d’un état ekang dans une république fédérale du Cameroun ? ». La vérité qui se cacherait derrière cette question ne fait-elle pas objet de la discussion actuelle ?

Déjà je ne sais pas ce que c’est qu’un Etat Ekang car si vous étudiez les mouvements migratoires en Afrique subsaharienne, vous verrez que personne n’a jamais toujours été où il se croit autochtone en 2012. Si vous parlez d’un Etat Ekang, ses frontières risquent d’être nébuleuses car elles peuvent s’étendre dans les territoires gabonais et équato-guinéen. Ce que vous appelez Etat Ekang va-t-il alors tenir étant donné qu’entre les Ekang il y a aussi des différences de cultures et de nationalités ? C’est là que votre théorie des différences insurmontables vous rattrape car le peuple Ekang n’est pas lui-même plus homogène que ne le sont les Camerounais. Et puis de quel Etat parlez-vous ? L’Etat au sens moderne, c'est-à-dire occidental ou l’Etat au sens traditionnel c'est-à-dire africain et précolonial ?

En ce qui me concerne, l’Etat Ekang est une fausse idée car elle n’a aucun avenir dans un monde globalisé. C’est une idée sans avenir car on ne fonde pas d’Etat au sein d’autre Etat sans être dans une dynamique sécessionniste. Elle est une idée sans envergure historique car l’histoire relie les hommes quand les généalogies les divisent. C’est pourquoi parler d’un Cameroun fédéral en 2012 alors qu’il l’a déjà été en 1961 dans son histoire, serait un cuisant échec et une régression nationale de grande ampleur.

[8] En constatant que l’Etat-nation au Cameroun a échoué, nous avons innover dans notre façon de penser. On parle maintenant du patriotisme ekang. « Je suis un patriote ekang avant d’être un patriote camerounais ». Le patriotisme ekang favorise d’abord le développement local et va plus loin : « chez les beti, on se sent plus ekang, on est tous soucieux d’une même situation, celle de donner une orientation propre à nous. Ils ne s’agit plus de se laisser dicter une direction mais plutôt de prendre ensemble les choses en main ». Le patriotisme ekang représente-il une forme de dérive ethniciste ?

Déjà pour moi l’Etat-nation camerounais n’a pas échoué car l’Etat n’est jamais achevé une fois pour toute. L’Etat n’est pas. L’Etat devient car c’est un processus permanent de construction. C’est pourquoi il faut en tout temps et en tout lieu veiller à la cohésion du projet qu’il incarne.

Cependant, parler de patriotisme ékang pose aussi un problème à mes yeux car le patriotisme vient de patrie. La patrie de tout Camerounais est le Cameroun et non son groupe ethnique. Mais étant donné que la patriotisme c’est l’amour des siens, le fait que les Ekang s’aiment sans pour autant faire de cet amour le ferment de la haine des autres, n’est pas un problème. Cet amour entre Ekang peut avoir un bel avenir car sain et pur dans ses intentions. Si d’autres amours intracommunautaires de mêmes natures se développent au sein d’autres communautés camerounaises, alors le développement local que cela induit ne profiterait pas seulement à ces communautés-là mais, de proche en proche, à tout le pays et à tous les Camerounais. Il faut cependant noter deux choses. D’une part, le développement local dont vous parlez doit être fait par des moyens privés des ékang et non par ceux de l’Etat camerounais car l’Etat est là pour tous les Camerounais. Ensuite, avoir présent dans son esprit que faire des choses uniquement sur le plan local ne mène pas bien loin dans un monde désormais ouvert. Donc agissez localement mais pensez globalement. Un jeune ékang qui demande une bourse d’étude en Allemagne va-t-il se présenter aux autorités universitaires allemandes comme Camerounais ou comme ékang ? C’est une question qui vous montre que le local ne va pas loin sans penser sur le global.

[9] Un patriote ekang est doté d’un dynamisme de création et croit en l’excellence. Nous sommes arrivés à la conclusion que nous devons introduire dans nos vies un nouveau style d’appréhension de notre environnement. Le nouveau champ de bataille est la conquête de la compétence et de l’excellence car les plus excellents dirigeront le Cameroun. Etant auteur du patriotisme ekang, suis-je « un Shanda Ntomne » des beti ?

Si vous vous définissez comme « le Shanda Ntomne des Beti », ce serait dommage pour moi car vous n’aurez aucun avenir dans le monde actuel. Dans mon entendement, je vous définis comme quelqu’un de fortement attaché à l’historique de sa généalogie au sens très large et qui se préoccupe de ce qu’elle devient dans le monde actuel. Ce que vous appelez le patriotisme ékang ne peut avoir un avenir que si ce n’est pas un projet d’exclusion et de haine des autres mais un projet de fructification de la micro-culture ékang en établissant des ponts avec d’autres micro-cultures camerounaises et non-camerounaises. On se préserve mieux et on apprend mieux qu’en s’ouvrant aux autres.

[10] Le patriotisme ekang voudrait un Cameroun fédéral qui nous exigera à être plus travailleur, créatif et innovateur. Nous allons dans une république fédérale moins préconiser l’équilibre régional et mettre au premier plan une compétitivité réglementée. C’est ainsi que tout le territoire camerounais gagnera en développement, et surtout les régions du peuple ekang. Un Cameroun fédéral nous permettra d’établir une concurrence réelle, qui elle nous donnera les moyens efficaces de développement. Dr Thierry Amougou, nous sommes donc ici en train de résumer le chemin à suivre du Cameroun et même temps montrer que le débat actuel sur le tribalisme est mal orienté ?

Premièrement, je ne suis pas favorable à un Cameroun fédéral car notre pays vient de cette formule et y rentrer serait une régression institutionnelle. Je suis pour une décentralisation républicaine, non pour fixer chaque ethnie chez elle, mais parce que cela peut permettre une certaine souplesse dans la gestion de l’Etat et renforcer son efficacité dans le développement national. C’est cela ma position car je ne vois, ni ce que l’Etat fédéral apportera en plus, ni ce que l’Etat unitaire empêche aux ékang de faire pour le développement local. J’espère que vous ne pensez pas qu’il n’y aura seulement que des ékang dans cet espace que vous appelez « le local ». Si c’est le cas, cela ne tient pas la route.

Le débat actuel est mal orienté car il doit poser les problèmes en termes des politiques menées depuis 1960 et non en termes ethniques. On ne va jamais très loin avec les histoires de sang car ce qui se trouve au bout c’est du sang qui coule et la disparition par les tares génétiques induites par la consanguinité.

[11] Le patriotisme ekang est persuadé que les grands problèmes de développement de nos régions sont d’une part accentués par la façon dont l’administration étatique fonctionne. C’est une erreur politique trop grave de nommer les gouverneurs, les préfets et sous-préfets pour administrer les régions où ils n’ont aucun attachement culturel ou historique. Dans cette décision, nous voyons que les représentants de l’état ne développent en eux aucun patriotisme local - d’ailleurs qu’ils ne rendent même pas compte à la population locale, ils peuvent se permettre ainsi de piller les régions concernées et de les amener au bout de la ruine. Que dit le macro-économiste Thierry Amougou à propos ?

Les Camerounais sont capables de travailler n’importe où dans un pays dont ils en sont les citoyens. Un Etat n’affecte pas des hauts responsables en fonction de leur appartenance ethnique mais en fonction de ce que l’Etat pense qu’ils peuvent faire pour son action de développement. J’ai bien peur par vos questions que vous ne soyez dans une approche rétrograde et tribale de l’Etat en le réduisant à des électrons tribaux régnant en maître chacun chez lui. Ce n’est pas ma vision du Cameroun et je pense qu’il faut s’en écarter très vite si notre pays veut espérer un quelconque développement dans le monde actuel.

[12] Dr Thierry Amougou, nous saurions terminer cet entretien sans parler du Forum International Ekang que nous souhaitons organiser en 2013. Comment trouvez-vous l’idée de ce forum ?

Très belle idée car c’est un rendez-vous de l’excellence et de l’expression d’une micro-culture camerounaise et africaine.

[13] Ses avantages sur le plan économique et de la dynamisation sociale…

Plusieurs avantages : se connaitre, découvrir des compétences, initier des projets de développement, débattre des problèmes du pays, construire des réseaux de compétences et exprimer celles-ci en actions concrètes. C’est aussi un moment d’apprentissage pour tous ceux qui veulent en savoir plus sur l’histoire du peuple ékang.

[14] Au moment où on observe la poussée de la dérive ethniciste, si jamais le Forum International Ekang réussit tel que nous le souhaitons, quel serait son impact sur le débat interculturel au Cameroun ?

Positif car cette réussite montrerait une fois de plus que des identités infra-étatiques peuvent s’exprimer dans un Etat sans problèmes et que ces identités en constituent plus une richesse qu’un problème.

[15] Dr. Thierry Amougou, le Mouvement NkulBeti vous remercie. Vous avez le dernier mot…

Merci à vous.

Mon dernier mot est de vous redire que bâtir l’Etat et le projet républicain n’est pas une sinécure ou alors une chose qu’on achève après cinquante ans. C’est un travail éternel. Il implique courage, ténacité et volonté de plusieurs générations. Nous n’avons pas le droit de démissionner de ce travail mais uniquement celui de nous y atteler de toutes nos forces à tout instant.
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