MOUVEMENT NKUL BETI
Mobilisation
Le Nyong, fleuve qui coule en moi - Lorsque l’émancipation naît des pratiques religieuses et du manque de tolérance
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© Maurice Ze
L’émancipation n’est-elle pas cette vertu qui parfois nous manque pour que nous soyons satisfaits de notre vie ? S’il est vrai que le souhait de s’émanciper soit généralement interprété par la société africaine comme un mal à plusieurs facettes, il demeure pourtant que nous tous existions et jouissions des biens de ce monde grâce à cette émancipation.
     Date de publication: 02-11-2011   09:15:13
Je crois que mon chemin, qui jusqu’aujourd’hui a été conditionné par une suite de controverses et de contractions, ne saurait avoir un sens si je ne m’étais pas distancé très tôt des clichés qui minent le monde africain. « Je me sens différent » alors que je ne suis qu’un simple Africain avec autant de problèmes comme le reste. Je me plais de jouer un rôle qu’un bon nombre de mes connaissances m’a attribué jusqu’à présent, une sorte de discrimination de leur part étant donné que je choisis généralement des chemins par ordinaires selon le monde africain. En effet, je me suis émancipé face à une certaine appréhension du contexte africain que je ne trouve pas contemporaine, même s’il est vrai que je demeure toujours cet Africain qui donne une valeur à la conservation de certaines mœurs.

Dans le souhait de comprendre pourquoi l’émancipation occupe une place importante dans ma vie et m’accompagne dans toutes mes entreprises, serait-il possible que les capacités d’émancipation d’une personne soient le fruit du milieu dans lequel cette personne a grandi et passé son enfance ?

Pour essayer de répondre à cette question, je vais faire un voyage dans le passé. Je suis Ze Maurice, né à AKONOLINGA le 14 Janvier 1969, fils de AWAN NDENGUE MONIQUE et de OWOUNDI NKODO MARCEL. Voici une partie des images de mon enfance bouleversée par des controverses et contradictions.

Il m’arrive parfois d’avoir l’impression de trop écrire alors qu’en quelques mots je suis en mesure de faire passer mon message. Peut-être parce que j’ai passé plus d’une décennies à utiliser seulement la langue allemande pour communiquer avec le monde extérieur que je voudrais tout d’un coup effacer le retard accumulé dans la langue française. Une autre raison pourrait s’expliquer par ma façon d’être, de percevoir la vie comme un fleuve qui coule en emportant avec lui toutes les controverses et contradictions que l’on vit. Mais je crois finalement, que c’est l’envie de crier fort ma liberté qui me pousse à écrire des messages de mobilisation. En effet, je suis libre de toute influence négative de la vie même comme je me retrouve dans un monde qui veut à tout prix m’étouffer. Je suis libre comme le Nyong, fleuve qui coule librement en traversant AKONOLINGA, ma chère ville natale. D’aucuns diront que la liberté a plusieurs facettes et que chacun la définit selon son contexte. Naturellement qu’ils auront raison mais quelque soit la nature dans laquelle je me retrouve, quelque soit mon entourage parfois miné des obstacles, je préserve en moi un minimum d’indépendance qui me permet à tout moment de prendre du recul face à une injustice ou à une situation qui agit négativement dans ma phase de créativité ou d’épanouissement.
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AKONOLINGA, ma chère ville natale et sa mission catholique
Il est peut-être possible que le jour de ma naissance qu’on ait constaté des caractères rebelles en moi. Je sais que je commence à me rebeller contre la nature injuste le jour où le prêtre principal de la mission catholique d’AKONOLINGA me gifle, j’avais alors environ 5 ans et c’était le premier jour que je visitais l’école primaire. Pour un enfant de cet âge, tout joyeux d’aller commencer enfin l’école, ce fut un choc, une image qui est restée gravée dans mon esprit jusqu’aujourd’hui.

Les faits de l’époque : Sur le chemin de l’école, ma pauvre maman me donne une pièce de 10 Franc pour acheter un « demi-cahier » chez les missionnaires. Me voila tout joyeux, j’ignore le rang des élèves qui se trouve devant le guichet et me dirige directement vers le prêtre (père DUPONT) qui est train de vendre les fournitures scolaires. Il se trouve à l’intérieur de la boutique et moi à l’extérieur, donc nous sommes séparés par une fenêtre. Je tends ma main pour qu’il prenne la pièce d’argent et subitement il me gifle. Et pourquoi ? Tout simplement parce que je ne me suis pas aligné comme le reste. C’est peut-être possible ou compréhensible qu’un prêtre agisse de la sorte surtout lorsqu’il a devant lui un rang presque infini d’élèves qui ne cessent de l’embêter. Cette raison est-elle malgré tout suffisante pour infliger une leçon à un enfant de moins de 5 ans et surtout lorsqu’on est une autorité religieuse ? De toute façon, ma pièce de 10 Franc tombe suite à cette action, je ne la retrouve plus et c’est la catastrophe ! Je reprends à la suite le chemin de la maison en pleurant. En route, ceux qui me connaissent voudraient naturellement savoir pourquoi je pleure tant. Et dans toute l’émotion je répond : « le prêtre me doit 10 Franc » (naturellement en beti). Et voila une réponse qui devient un objet de moquerie durant des années. Partout où je passais, je ne cessais de suivre « le prêtre me doit 10 Franc ». Non seulement que les enfants de mon âge se moquaient de moi, les grandes personnes elles aussi ne m’épargnaient pas de ce souvenir affreux. Vous pouvez donc imaginer la suite, je bagarrais à cause de cette phrase…

La mission catholique d’AKONOLINGA, qui a influencé positivement et négativement l’éducation d’un bon nombre des filles et fils de cette ville, a-t-elle aussi joué un rôle dominant dans ma vie ? Une question pas facile à répondre, surtout parce que le chemin tracé pour moi par le dieu tout puissant s’avère infini. Je crois effectivement que la nature ne me laisse pas souffler un tout petit peu.

Je me souviens que je me faisais tabasser chaque lundi matin tout simple parce que je refusais d’assister aux messes de dimanche. Je me souviens aussi que lorsque j’étais malade, ce sont les infirmières de la mission catholique qui me soignaient. Mais pourquoi alors j’ai refusé le chemin de l’église depuis mon séjour à l’école primaire alors que ma maman et le reste de la famille demeurent jusqu’aujourd’hui de très bons abonnés de dieu ?

Je me souviens que je préférais aller « jouer aux billes » pendant qu’un bon nombre d’AKO (ressortissant d’AKONOLINGA) se dirigeait en masse vers l’église le dimanche pour assister aux différentes messes. Je crois qu’à l’époque trois messes étaient célébrées, 6h, 8h et celle de 10h. Sans oublier celle du samedi soir et sans oublier aussi toutes les autres cérémonies religieuses, avant et après ces messes.
Savez-vous que je fus ce qu’on appelait à l’époque « Enfant de Dieu » qui n’était rien d’autre qu’un servant de dieu pendant une cérémonie religieuse ? Comme vous le constatez, je suis un chrétien qui a été baptisé et communié. Je me rappelle que je devais d’abord assister à des séances d’éducation religieuses et passer un examen avant d’être communié. Si pour le baptême, étant tout enfant, je n’avais aucun monopole de décision pour dire NON à celui-ci, pour la première communion j’avais d’abord échoué l’examen de dieu tout simplement parce que le Nyong qui coule en moi commençait déjà à prendre ses allures. J’avais commencé étant tout petit à prendre mon propre chemin mais je ne crois pas que je fus têtu dans la vie. « Je le suis peut-être maintenant ayant constaté que dans ce monde plein de vampires, il faut développer ses propres caractères survie ».

Ne croyez pas un seul instant que je ne crois pas en dieu, je suis un « croyant averti » qui a vécu une vie de controverses, de contradictions et de conflits entre la pauvreté, les douleurs, la mission catholique et son éducation. Je ne voudrais pas vous donner l’impression de régler mes comptes avec les missionnaires blancs de l’époque mais plutôt attirer votre attention, que l’église catholique fut une institution à AKONOLINGA. Elle est peut-être aujourd’hui, tout comme le reste, responsable de la grande pauvreté qui règne dans cette ville. Je me rappelle que l’église et ses messes ont fait partie de la vie des AKO à tel point que je donnerais raison à KARL MARX qui disait que « la religion c’est l’opium du peuple ». Aujourd’hui, je dirais que la mission catholique d’AKONOLINGA a aliéné les AKO dans leur façon de concevoir l’évolution du monde. Le monde des AKO fut une adoration absolue de dieu en oubliant complètement de réorganiser la vie autrement. Nous avons grandi dans une « tromperie religieuse » qui nous laissait croire que c’est le dieu tout puissant qui viendra construire à notre place les routes, les écoles, les maisons etc.

La mission catholique d’AKONOLINGA ne fut pas seulement un lieu d’aliénation absolue mais aussi un « endroit mystique ». Je me rappelle que les missionnaires possédaient des hectares de terrain et des vastes plantations de café. Toute l’étendue de la mission commençait de la route centrale d’AKONOLINGA jusqu’au Nyong. C’est inadmissible pour moi aujourd’hui que les représentants de dieu de l’époque aient profité d’un tel vaste domaine, un autre Vatican dans la ville d’AKONOLINGA.

Etant tout petit, lorsque je visitais cet endroit ou lorsqu’on était forcé à aller travailler dans les plantations de l’église, j’avais des frissons car la mission catholique et son étendue faisaient peur. Si à AKONOLINGA lorsque les chiens aboyaient pour signaler le décès d’une personne, on avait un sentiment de peur inexplicable surtout la nuit, la mission catholique aussi n’était pas un endroit vivable pour moi. Je crois qu’à la tombée de la nuit, toute personne qui se trouvait encore dans cet endroit se dépêchait pour quitter les lieux.

Imaginez-vous que dans votre bas âge, vous vous retrouvez tout seul dans une forêt, de surcroît vous êtes chez le dieu tout puissant, ce dieu qui joue psychologiquement déjà sur votre vie en vous empêchant de vous épanouir normalement et qui vous contrôle à tout moment de votre vie. L’un des enseignements de la mission était donc que dieu est tout puissant, qu’il nous regarde et nous contrôle, bref il était plus que l’empereur Paul Biya du Cameroun.

Les grandes plantations des missionnaires qui aboutissaient directement au Nyong faisaient aussi peur parce que le fleuve Nyong à AKONOLINGA, déjà à lui seul, donnait des frissons. Le Nyong, ce fleuve qui coule en moi, tuait les AKO. Pendant la saison des pluies, le Nyong d’AKONOLINGA avec son eau d’une couleur presque noire, était à éviter et l’est encore aujourd’hui. Et pendant la saison sèche, à cause de toute la chaleur, le Nyong se transformait en une grande piscine car un bon nombre d’AKO se retrouvait dans ce fleuve pour nager, jouir de ce que la nature leur donnait gratuitement. La saison sèche fut toujours une période qui rendait la ville encore plus gaie. Bien que dieu donna à AKONOLINGA le Nyong comme source de vie, je me souviens que ma maman nous interdisait de se rapprocher du Nyong pendant la période sèche, aussi longtemps que ce fleuve n’avait pas encore « avalé » sa première victime. En effet, c’était presque un rituel qu’au moins une personne mourrait chaque année de suite d’un noyage dans le Nyong.

Je me souviens que le directeur de l’école de la mission catholique décidait de me tabasser, alors que je n’étais plus élève de la mission catholique, j’étais déjà inscrit au lycée. Sans oublier toutes les bastonnades de chaque lundi matin et des maîtres. Les maîtres de la mission catholique étaient des tout puissants et bastonnaient pour moindre raison les élèves. Parfois, les parents dans cette atmosphère religieuse, de servitude et d’aliénation furent même pour une éducation draconienne.

Suis-je donc devenu rebelle en longueur de ma vie à cause de la mission catholique qui a aussi influencé positivement ma vie ? Les missionnaires nous ont permis de lire et d’écrire en construisant des écoles et un dispensaire. C’est peut-être la raison pour laquelle je crois encore à un dieu aujourd’hui. Les bâtiments de la mission catholique étaient vraiment en bon état et bien entretenus par rapport à ceux de l’école publique. Même comme l’école de la mission était payante et chère, le parents se débrouillaient toujours à payer la scolarité car ils étaient d’avis que seule la mission catholique pouvaient assurer une bonne éducation à leurs enfants. Etre élève de la mission catholique à l’époque était donc aussi un prestige social et religieux pour la famille.

D’une manière indirecte et s’il faut revenir sur la responsabilité de la mission catholique dans la pauvreté et le manque de dynamisme dans cette ville, je dirais qu’AKONOLINGA fut victime d’une acculturation qui fait aujourd’hui qu’aucune « vitalité » ne vienne de la part de l’élite. Les gens ont vécu dans un contexte d’un dieu tout puissant, qui accorde une place à ses côtés seulement à tous ceux qui ont été pauvres sur cette terre. Je me souviens que les messes de dimanches et d’autres cérémonies religieuses furent des occasions pour les pauvres de devenir encore plus pauvres. On préférait faire des dons à l’église et rester pauvres, ne pas manger, donner une bonne partie de ses récoltes aux missionnaires sans oublier les œufs, les poulets, les chèvres etc.
Les gens allaient travailler dans les plantations des missionnaires au lieu de s’occuper des leurs. Un comportement qui explique aujourd’hui une certaine « ignorance » lorsqu’il s’agit de travailler pour le collectif et la dynamisation de la ville. Les gens ne connaissent que le « chacun pour soi, dieu pour tous », la population est prête à se sacrifier pour dieu mais pour la construction de ville, elle est incapable de s’organiser.

AKONOLINGA, une ville auparavant gaie, est devenue au fur et à mesure triste. Si à l’époque le destin d’AKONOLINGA était remis aux mains dieu, aujourd’hui cette vielle est orpheline. Où est passée la grande élite de cette ville ? C’est un cauchemar effrayant ! AKONOLINGA, ma chère ville natale endormie ! Tu te trouves loin de moi, mais présente dans mon cœur. AKONOLINGA, je vis avec toi !

AKONOLINGA a fait naître la mission catholique et vu le rôle historique de celle-ci, on aurait tendance à justifier la nonchalance dans cette ville par la domination culturelle de cette institution religieuse. Mais tel n’est pas le cas ici, le fleuve qui coule en moi a beaucoup de facettes. Je n’attribue pas totalement la responsabilité à l’église et sa doctrine, je voudrais vous montrer qu’on ne peut parler de l’émancipation des AKO et de leur ville sans revenir sur le rôle de l’église catholique.

Ma pauvre maman n’a jamais compris jusqu’aujourd’hui pourquoi je me suis rebellé depuis mon plus bas âge contre l’église. Et elle ne le comprendra jamais ainsi que le reste de ma famille.

Je suis un « croyant averti » qui accepte le côté positif de la croyance et des doctrines chrétiennes. En contrepartie, je rejette tout ce qui apparaît à mes yeux comme une aliénation, un abus moral, une servitude, une inégalité ou une injustice. Selon moi, dieu est une force naturelle invisible, un phénomène physique explicable. Ne me demandez pas ici d’expliquer ce phénomène car je ne serais pas à la hauteur de le faire. Je crois seulement que chacun peut reconstruire l’existence de dieu par la nature qui repose sur des règles à respecter. Il faut respecter les règles de la nature pour être en accord avec dieu. Une doctrine telle que « ne pas faire du mal à ton prochain » constitue une règle positive de l’évangélisation et devrait être respectée par tous.
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RICKY, le chien des missionnaires
La mission catholique, dans ce lieu d’éducation, dans ce lieu de bonnes et de très mauvaises méthodes, dans ce lieu où on me tabassait chaque lundi parce que le dimanche je ne fus pas présent à l’église, vivait un chien du nom de RICKY qui fût dressé pour défendre un champ de goyaves. Le champ en question se trouvait non loin de l’école primaire et de l’église. Une constellation trop affreuse, d’un côté les élèves ou enfants qui ne pouvaient s’abstenir d’aller chercher le fruit défendu (Adam et Ève), de l’autre côté un animal cannibale qui surveillaient et protégeaient les fruits défendus. RICKY « mangeait » ses proies (les enfants) et avec quelle hostilité ! Oh mon dieu ! Ne trouvez-vous pas injuste que les hommes de dieu dressent un chien qui laisse des souvenirs affreux à ses victimes ? Ne trouvez-vous pas controverse que ces mêmes hommes de dieu gèrent un dispensaire pour les croyants malades parmi lesquels les victimes de RICKY ?

Je me souviens que pour parler au prêtre principal (père MICHEL) dans son bureau, il fallait d’abord regarder de gauche à droite si RICKY ne se trouvait pas dans les environs. NON NON NON on ne visitait pas volontairement père MICHEL ou père DUPONT car le fait seulement de penser à RICKY et son cannibalisme ne donnait plus envie. RICKY, même comme il était enchaîné, avait la possibilité de se déplacer et atteindre violemment tout élève qui osait se rapprocher des environs.

Si aujourd’hui j’ai des allures d’un rebelle, c’est dû d’une part parce j’ai été bouleversé à travers le monde chrétien et ses contractions. Mais le fleuve qui coule en moi m’a permis de m’émanciper, de développer une vision propre par rapport à mon entourage. Je crois qu’il est important pour tout africain de s’émanciper et de se libérer de toute forme d’aliénation, d’injustice et d’inégalité. Ce n’est qu’à partir de ce moment qu’on sera en mesure de faire des exploits et de connaître des victoires personnelles.

Au Cameroun on vit dans une aliénation qu’on peut justifier ou expliquer de différentes façons. Quelque soit sa nature, elle empêche le Cameroun d’évoluer et d’être créatif.
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La tolérance, une vertu nécessaire pour une bonne vie d’ensemble
Il m’arrive parfois d’interpréter la nature en deux couleurs comme George Bush qui disait « soit on est ami des usa, soit on ne l’est pas ». Je suis aussi conscient qu’il faut accepter que, dans une diversité tel que le monde, on devrait être tolérant. La tolérance quelque soit sa nature, même religieuse prend une place importante dans la vie d’ensemble.
Puis-je donc affirmer que les missionnaires blancs n’étaient pas tolérants ou du moins ils n’ont pas agit comme les « vrais hommes de dieu » ?

La mission catholique et les missionnaires n’ont pas été tolérants dans la mesure où la culture de dieu ou alors la doctrine religieuse ne s’était pas accommodée à la culture locale. La doctrine religieuse est venue imprégner et forcer psychologiquement un nouveau mode de vie. Bastonner un enfant tout simplement parce qu’il refuse d’assister à une messe ne fait pas preuve de tolérance. Dresser un chien pour semer la terreur au sein d’une mission catholique remet en question le vrai message de l’évangélisation qui exige qu’il y ait tolérance entre les individus.

Sur le chemin de mon émancipation et d’Homme libre, j’ai appris que la nature et la cohabitation entre les individus demandent de la tolérance.

Le manque de tolérance sur notre chemin d’émancipation et de modernisation représente l’un des grands problèmes de la société africaine et va au-delà de répercutions religieuses. Si les missionnaires blancs avaient refusé de s’accommoder aux réalités locales, les africains aujourd’hui pratiquent une sorte de « modernisation et d’émancipation à double face ». L’Homme africain accepte une modernisation qui vient de l’extérieur à travers le confort (handys, habillement, exportations des mœurs, nouvelles tendances etc.) mais il ne laisse pratiquement pas de place pour une tolérance ou modernisation interne. Vous allez généralement entendre de la bouche d’un Africain : « Notre tradition voudrait que… ». Je ne suis pas pour une acculturation totale de l’Afrique mais je crois qu’il est nécessaire de laisser de côté toute ce qui nous empêcherait d’évoluer. Je crois que je l’avais déjà évoqué dans un mes articles que « la schématisation de la vie et la perception africaine de la tradition » empêchent l’évolution technologique de l’Afrique.

Des expériences faites dans la mission catholique d’AKONOLINGA me font ne pas aimer aujourd’hui ce que j’appelle « Harcèlement moral à l’africaine » et qui est devenu un sport populaire. L’Homme africain voudrait qu’on fasse exactement comme lui, prendre le même chemin prévu par la tradition africaine et la religion. Pourtant, « le monde est divers et ondoyant ». Pour moi, exiger un enfant de prendre part à une messe représente un « Harcèlement moral à l’africaine ». Pour moi, demander à un autre africain de penser à avoir d’enfants parce qu’il a déjà plus de 30 ans est un « harcèlement moral à l’africaine ». Ce n’est pas dit que c’est tout africain qui aimerait avoir des enfants. Ce n’est non plus dit que c’est tout parent qui aimerait que ses enfants se baptisent ou soient des croyants. Je peux citer ici des cas et des cas qui montrent que les africains acculturés par les religions n’ont aucune marge pour une tolérance et qu’ils bafouent régulièrement la diversité que la nature nous donne gratuitement.

Faut-il revoir la structure des familles africaines qui elle aussi n’est plus contemporaine et généralement non tolérante ? J’ai eu la chance de grandir dans une maison où je n’étais pas obligé de « fermer la bouche ». L’émancipation personnelle commence au sein de la famille. Au lieu de mettre de l’importance sur un modèle africain qui fait que « la parole du plus petit n’ait pas de valeur devant celle d’un aîné », chaque famille a le devoir de préconiser le dialogue. Les aînés ne détiennent pas toujours le monopole du savoir car la « grande sagesse » n’est pas une question d’âge. J’ai appris à parler lorsqu’un conflit menaçait de venir troubler la paix chez-nous, dans notre pauvreté. Vous savez, ma chère maman m’avait très vite montré le chemin de l’émancipation.

Je me souviens du jour où elle décida que je devienne le propriétaire d’une chambre dont la porte d’entrée me donnait toute la liberté de sortir et d’entrer comme je le voulais, sans rendre compte à quelqu’un. Et je n’avais que 12 ans, dans la ville d’AKONOLINGA !

En conclusion, je crois que la hiérarchie au sein d’une famille doit continuer à exister en évitant de faire mourir le dialogue qui est à la base de toute forme d’organisation et de progrès. Je crois aussi qu’il est important qu’une famille religieuse tienne compte du temps et de la diversité des êtres humains. La tolérance religieuse devrait régner au sein d’une famille en permettant en chacun de faire son choix religieux. Il est important de laisser les enfants s’épanouir sans pour autant oublier de leurs montrer le bon chemin. Naturellement que ce chemin peut être aussi influencé par une doctrine religieuse, le plus important est après tout le message d’humilité que les parents passent à leurs enfants.
The Independent.
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julie marline  02-11-2011   /16:10:42 | Article interessant
gars tu es fort!! ahahahahh !!! j,ai failli mourir de rire en lisant certains passages de ton article: "....l'empereur Paul Biya" ;" ricky a ete dresse pour surveiller un champ de goyaves" et sans oublier la petite phrase qui t,enervait tant : " le pretre me doit 10 frs"
j,ai vraiment aime l,article,
il est riche en souvenir et surtout il sensibilise grandement la population ekang.
tu fais du bon travail, du courage.
 
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