MOUVEMENT NKUL BETI
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Le comice agropastoral s’est enfin tenu - Quelles leçons tirons-nous de cet événement ?
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© Maurice Ze
Apres la tenue du comice agropastoral, cet événement tant attendu depuis environ 22 ans, les messages qui me sont adressés me laissent croire que pour certains ce comice a été une réussite, et pour d’autre il représente seulement une continuité de l’irresponsabilité de « l’élite du sud » vis-à-vis de son peuple. Quand n’est-il vraiment ? Puis-je me positionner ici au nom du Mouvement Nkul Beti sans me brûler les mains ? Il est clair que, quelque soit l’évaluation des résultats de ce comice, pour le président de la république et le RDPC ce fut une réussite, naturellement si on tient compte des images qui nous sont parvenues d’ebolowa. Mais au fond une évaluation claire et nette des résultats du comice n’est pas possible, surtout que le Mouvement Nkul Beti n’a pas eu un envoyé spécial à cet événement qui aurait pu nous livrer des informations crédibles. Nous ne pouvons ainsi que se baser sur les reportages des autres medias camerounais et des informations provenant de la présidence de la république pour tirer une conclusion de ce comice.
     Date de publication: 30-01-2011   14:49:22
Dans un article précédent sur le comice, j’avais indiqué les grandes lignes qui devraient nous permettrent de mieux évaluer ce qui s’est tenu dans le sud et je le souligne une fois de plus ici, en fixant ces critères d’évaluation, je m’étais comporté comme un vrai patriote local, un enfant boulou qui veut du bien pour sa région. Il est alors compréhensible que je fasse la même chose en ce moment pour arriver à une conclusion du comice agropastoral.

Nous avons tous vu les images provenant du sud, pour Paul Biya et son entourage ce fut une réussite. Il a su utiliser la tribune qu’on lui a réservée pour se profiler, c’était du showdown politique comme beaucoup le savaient déjà d’avance. Le président de la république n’a pas seulement démontré qu’il était encore fit physiquement pour un autre mandat à la magistrature suprême, mais il s’est présenté aussi comme un homme politique rapproché du peuple. Evidement que d’aucuns diront que ce n’était rien d’autre qu’un théâtre politique mais nous avons vu un président tenir des audiences avec les enfants du sud. L’image impressionnante qui reste gravée dans ma tête est celle d’un homme de plus de 77 ans qui rencontre son maître d’école primaire. L’homme rebelle dont je suis, tire un grand coup de chapeau à ce geste de la part du président de la république car au-delà de toutes les polémiques politiques, il est rare de voir une personne de 77 ans face à son maître d’école primaire. C’est historique !

Toujours en prenant appui sur les images du comice, nous avons été témoin du rapprochement troisième acte entre Paul Biya et l’éternel opposant John Fru Ndi. La première dame, qui d’ailleurs s’est aussi profilée en faveur de son mari, a tendu la main au chairman. Toutes ces gestes nous montrent qu’un pacte politique se cristallise entre le RDPC et le SDF avec des conséquences qui sont claires selon moi : Le SDF aidera Paul Biya à rester au pouvoir et ce parti politique recevra en retour des postes ministériels importants.

« Paul Biya, le président de la république du Cameroun, ou encore Nnom Ngii, le «maître suprême de la science et de la sagesse», le titre que lui ont décerné les chefs traditionnels de la région du Sud à l’occasion du comice agropastoral d’Ebolowa. Au cours d’une cérémonie à huis clos dans la case des chefs traditionnels, le chef de l’Etat a reçu ses attributs chasse-mouche, bâton de commandement, bible, le 19 janvier dernier. »
« René Désiré Effa, le président du forum des chefs traditionnels de la région du Sud sur les antennes du poste national de la Crtv : «Nous lui avons donné tout le pouvoir. Il est tout puissant, au dessus de tout, c’est lui qui décide en dernier ressort». »


Selon moi, du n’importe quoi. Ces chefs traditionnels, d’ailleurs politiciens et membres du RDPC, banalisent la tradition. Qu’est ce qu’ils savent de la vraie tradition ?

« Claude Abé, sociologue, n’est pas aussi sûr de ce transfert de pouvoir au président de la République. Pour lui, la désignation de Paul Biya à la dignité de maître suprême ne peut pas s’accompagner d’une véritable transmission du pouvoir.
«Lorsque les actes sont gouvernés par la sincérité et par un besoin de reconnaissance d’un certain nombre de mérites, il peut y avoir transmission d’un pouvoir. Mais dans le cas particulier de Nnom Ngii, il y a fort à douter, parce que, quel était l’élément particulier qui pouvait être l’élément argumentatif pour pouvoir lui donner ce titre ? Nous n’en voyons pas. S’il faut prendre le comice, puisque c’est le comice qui a servi de cadre à cela, on ne pouvait pas lui décerner un titre pour avoir organisé le comice plusieurs années après et surtout pour l’avoir reporté plus d’une fois. Donc on rentre dans la dynamique dont je parlais, c’est-à-dire qu’on est en pleine situation de flatterie. »


Les chefs traditionnels du sud ont revendiqué une université d’état pour le sud. En principe un acte important si on tient compte que l’éducation est la clé du développement. Mais dans le contexte actuel cet acte montre une fois de plus que « l’élite du sud » ne sait pas par où commencer pour résoudre les problèmes du sud. La suite de ce document présente des pistes prioritaires à suivre pour favoriser le développement au sud. Ce qui est vrai c’est que l’université demandée n’arrive pas au bon moment et sa non existence ne représente non plus le problème crucial des ekang de cette région.

Pour le Mouvement Nkul Beti qui se donne le devoir de proposer des orientations à suivre, de dénoncer les maux de la société ekang, il est clair que nous avons une autre appréciation des résultats de ce comice, celle-là qui nous permet de voir comment est-ce que on peut mieux dynamiser le peuple ekang. Alors voici le message important du Mouvement Nkul Beti dans :
1
L’absence de Vincent Fouda et de Louis Tobie Mbida au comice fut une erreur stratégique
Je ne cesserais de le souligner, nous avons besoins des politiciens qui sont d’abord des ekang avant d’être camerounais. Vincent Fouda et Louis Tobie Mbida, tous deux qui veulent accéder à la magistrature suprême, n’étaient pas présents au comice et pour quelle raison ? Peut-être que c’est encore de la naïveté de ma part, le comice était un événement pour tous les camerounais mais pas seulement pour le RDPC et le SDF. Une erreur stratégique de la part des leaders politiques d’origines ekang et opposants avec des répercussions qui n’encouragent pas la transition politique au Cameroun. Je suis personnellement d’avis que seuls les ekang sont en mesure de faire partir le RDPC du pouvoir et pour des raisons simples, le vote au Cameroun et le choix des partis politiques prennent encore appui sur des bases ethniques. Les hommes politiques ekang ne veulent pas l’attendre même comme c’est malheureusement le cas, et le RDPC s’est s’en servir. Tant que le RDPC comptera sur le choix électoral des ekang, il sera extrêmement difficile de voir un autre parti politique à la tête du gouvernement. Vincent Fouda et Louis Tobie Mbida avec leur éloignement du comice ont permis au RDPC de se positionner encore comme la seule alternative politique pour les ekang du sud voire même du centre et l’est.

Mon appel au patriotisme local déterminera la nouvelle façon de pratiquer de la politique, une politique pour le peuple qui commence d’abord à identifier les problèmes locaux. Les problèmes locaux ne sont pas au même titre que les problèmes nationaux, c’est la raison pour laquelle on parle de dynamiser le peuple qui contrairement aux autres peuples du Cameroun tend à sombrer dans la nonchalance.

Les leaders politiques qui proposent des alternatives autres que le RDPC devraient multiplier leurs efforts pour se rendre plus visible afin que le peuple sache qu’il y a une autre classe de personnes pouvant mieux s’occuper de leurs problèmes. En un mot, le comice d’ebolowa était un événement optimal afin que les autres leaders politiques se profilent.
2
Le comice n’a pas vraiment laissé de perspectives à la région du sud, alors il faut parler ici d’un échec
Dans un entretien avec Albert Nna de La Nouvelle Expression, Charles Ateba Eyene dit : « C’est surtout un sentiment de satisfaction parce que, les travaux de ce comice ont été présidés par le chef de l’Etat en personne, qui dans son allocution a vibré en phase avec les attentes du sud profond. Les routes Ebolowa-Kribi, (en passant par Akom II) Ebolowa-Lolodorf–Olama, Ebolowa-Sangmélima (en passant par Mengong) Sangmélima -Djoum Ouesso, étaient sources de souci pour les populations du sud. Le non démarrage du port en eaux profondes et de l’usine à gaz de Kribi dont on parle depuis près de 30ans ; le non démarrage des travaux de construction du barrage de Memveele et de Mekin étaient des sources de douleur pour les populations du sud qui ne comprenaient pas pourquoi un cordonnier devait être mal chaussé.
Mais les promesses du président Biya ont comblé les attentes à 90%. »


Si les promesses du président ont comblé les attentes à 90%, nous ne sommes pas sûres qu’elles seront effectivement réalisées, surtout que le comice a mis 22 ans avant d’être organisé. Ce que « l’enfant terrible » du RDPC Charles Ateba Eyene dit nous amène à conclure que le comice était un échec pour le sud. Même si on tient compte des grands projets (port de Kribi, usine de gaz de Kribi, barrage de Memveele et Mekin), nous avons des doutes sur le plan de finalisation de ces projets, aucun calendrier de la mise en œuvre nous donne des dates exactes.

Ce qui fait plus mal au cœur, c’est que la non décentralisation effective du Cameroun ne permettra pas au sud de jouir de la bonne partie de ses ressources naturelles. Les revenues qui seront générées de ces grands projets entreront directement dans les caisses de l’état mais pas dans celles de la région du sud.
Si maintenant on examine l’aspect des attributions des marchés liés à ces projets, nous constatons que ce sont les entreprises étrangères et les chinois qui gagneront le gros lot comme était le cas pour le comice. Pour la maintenance des barrages, ce seront toujours des entreprises étrangères qui bénéficieront en grande partie, d’ailleurs même que l’énergie gagnée de ces barrages ne sera pas redistribuée à la population gratuitement voire même à des prix payables pour tous.

La seule chose positive sur laquelle nous espérons tous est la création d’emplois durables. Nous espérons aussi que le port de Kribi viennent déclencher un certain dynamisme chez les ekang, qu’ils fassent de ce port leur bien en créant eux-mêmes des structures d’affaires. Mais tout ceci n’est que possible que si et seulement si des programmes d’actions de promotion d’emplois et de l’entreprenariat sont lancés.

Avant l’organisation du comice, le Mouvement Nkul Beti avait présenté les grandes lignes pour qu’on parle d’un comice réussi, alors je vous invite une fois de plus de prendre connaissance de ces grandes lignes :
1. Le comice agropastoral est d’abord un grand rendez-vous du monde agricole, une grande fête pendant laquelle les paysans de la région se retrouvent ensemble pour fêter, faire du commerce, présenter leurs produits, trouver des partenaires, signer des accords de coopération. C’est un moment de gaieté pour toute la région. Les paysans doivent avoir la possibilité de se préparer à cet événement à l’aide des subventions de l’état. Ses subventions leurs permettent de mieux s’organiser en avance en créant par exemple de nouveaux champs, en pratiquant un stockage efficace des produits, en augmentant la productivité de leurs efforts etc.
   
2. Le comice agropastoral se prépare, s’organise et propose des perspectives à long terme pour toute la région. Il est question d’agir intelligemment afin que toute la région profite de ce qui restera après l’événement. Je parle ici des mesures qui seront appliquées après cet événement pour que cette région s’autonomise une fois pour toute.
   
3. Le comice agropastoral est un moteur d’emplois pendant les préparatifs et après l’événement. La jeunesse de la région et des alentours qui vit sans emplois doit bénéficier de ce rendez-vous agricole pour être embauchée. C’est vrai qu’on ne peut pas créer de l’emploi pour tout le monde, mais c’est important d’intégrer un programme d’emplois dans l’organisation d’un événement de cette envergure.
   
4. Le comice agropastoral est un moyen pour la région concernée de s’approprier des infrastructures. Nous tous connaissons la situation lamentable des infrastructures dans le sud, le comice est alors une occasion propice pour mettre en œuvre un vaste programme d’assainissement (la construction des routes durables, la construction des ponts, l’électrification, l’eau potable, la construction des hôtels etc.)
   
5. Le comice agropastoral doit être le promoteur de l’entreprenariat local. Les forces locales doivent bénéficier des marchés de constructions et des services liés à cet événement. Il est même conseillé de favoriser d’abord les autochtones de cette région. Et comme chez les beti il n’existe pratiquement pas d’entrepreneur, c’est l’occasion idéale de faire naître une nouvelle classe de personnes aptes à pratiquer du business.
   
6. Le comice agropastoral est l’occasion en or pour sortir uni après cet événement. Si aujourd’hui le Mouvement Nkul Beti utilise Internet pour préserver l’unification du peuple ekang, un rendez-vous comme le comice peut apporter une contribution très considérable pour cette unification. Mes frères et sœurs boulou devraient saisir ce moment unique pour entamer le processus de réconciliation. C’est important pas seulement pour les boulou mais aussi pour tous les ekang du Cameroun. L’élite du sud est appelée à réagir avec sagesse pour donner espoir à la jeunesse.
   
En lisant les critères qui ont été fixés avant l’organisation du comice, on arrive rapidement à la conclusion que cet événement fut un échec sur le plan du développement régional. La plus grande déception provient de la revendication d’une université pour le sud. Ce que les chefs traditionnels auraient du faire, aurait été de présenter un plan d’action concret pour que cette région ne sombre plus dans le sous-développement et d’après moi on peut tout faire, on peut tout revendiquer, la création d’emplois durables et la promotion de l’entreprenariat restent les deux grands problèmes du sud, sans oublier aussi du centre et de l’est. Cessons de croire que l’état viendra résoudre les problèmes locaux qui ont besoin impérativement de solutions. Où sont les perspectives pour la jeunesse du sud qui lutte contre une pauvreté extrême ? De quelles ressources la jeunesse payera-t-elle les études qui seront proposées par cette université revendiquée ?

L’image de Paul Biya avec son maître d’école primaire reste pour moi le grand succès de cet événement.
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